Au cœur du Morbihan rural, cette maison du Coudray arbore une lucarne datée de 1630 ornée d'un calice sculpté — symbole religieux rare gravé dans la pierre bretonne, témoignage discret d'un 17e siècle en pleine effervescence spirituelle.
Dans le bourg discret de Lanouée, au cœur de la Bretagne intérieure, la maison du Coudray se dresse avec la retenue élégante des demeures bourgeoises du deuxième quart du XVIIe siècle. Alignée avec les constructions voisines, elle ne cherche pas à dominer le paysage : elle s'y inscrit avec une assurance tranquille, réservant ses ornements à ceux qui prennent le temps de lever les yeux. Ce que ce logis a de plus précieux tient à un détail que l'œil non averti pourrait manquer : la lucarne de façade, dont le linteau porte une inscription en partie énigmatique et la date gravée de 1630. Au sommet du fronton, un calice sculpté — symbole eucharistique fort — confère à cette demeure une dimension spirituelle inattendue pour un édifice domestique. Ce motif religieux, volontiers associé aux commanditaires proches du clergé ou aux familles pieuses de la Contre-Réforme, distingue radicalement la maison du Coudray de l'architecture civile ordinaire de la région. La façade principale, orientée au sud pour capter la lumière bretonne si précieuse, est rythmée par cinq fenêtres réparties sur les niveaux, donnant à l'ensemble une composition équilibrée et sérieuse. La distribution intérieure, organisée en pièce unique par étage, reflète les usages de l'époque : économie de l'espace, fonctionnalité, verticalité assumée. Rien d'ostentatoire, mais une cohérence architecturale qui parle de ses commanditaires mieux qu'un blason. Visiter la maison du Coudray, c'est s'aventurer dans une Bretagne loin des sentiers battus, celle des bourgs silencieux et des monuments qui n'affichent pas leur ancienneté. L'inscription non déchiffrée du linteau demeure un mystère entier, une invitation ouverte à la curiosité des épigraphistes et des amateurs d'histoire locale. Ce monument inscrit au titre des Monuments Historiques depuis 1996 mérite une halte attentive, carnet à la main.
La maison du Coudray relève de l'architecture civile bretonne du premier tiers du XVIIe siècle, caractérisée par une sobriété de volumes et une économie des ornements. L'édifice, implanté en alignement avec le bâti voisin selon la logique du bourg rural, développe sa façade principale au sud, orientation privilégiée pour maximiser l'ensoleillement sous le ciel souvent couvert du Morbihan intérieur. Cinq fenêtres rythment cette façade avec régularité, articulant les différents niveaux dans une composition symétrique et maîtrisée, sans chercher à imiter les recherches décoratives de la Renaissance tardive alors en vogue dans les demeures de la noblesse. L'élément architecturalement le plus remarquable est sans conteste la lucarne en façade, dont la structure à fronton constitue l'unique concession à une certaine monumentalité. Le linteau, portant une inscription et la date de 1630, et le fronton, orné d'un calice finement sculpté, font de cet élément sommital le véritable manifeste esthétique et spirituel de la maison. Ce type de lucarne à fronton triangulaire décoré est caractéristique de la production architecturale bretonne du début du XVIIe siècle, que l'on retrouve aussi bien dans les manoirs que dans les maisons bourgeoises de la région. La distribution intérieure, organisée autour d'une pièce par étage, reflète la tradition du logis vertical breton, où la superposition des espaces remplace l'horizontalité des plans plus développés. Les matériaux employés sont vraisemblablement le granite local, pierre dominante de la construction traditionnelle en Bretagne intérieure, robuste et immuable, qui explique en partie la bonne conservation de l'édifice après près de quatre siècles d'existence.
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Lanouée
Bretagne