Maison Siclis, ancien castel Martchiot
Chef-d'œuvre de l'architecture moderniste des années 1930, la maison Siclis conjugue béton armé audacieux, volumes géométriques et parc paysager dans la campagne girondine.
History
Dissimulée dans la verdure du sud-Gironde, la maison Siclis — anciennement connue sous le nom de castel Martchiot — est l'une des œuvres résidentielles les plus singulières de l'architecture française de l'entre-deux-guerres. Édifiée entre 1934 et 1938, elle incarne la pleine maturité d'un courant moderniste qui, loin des capitales, s'est aventuré dans les campagnes pour proposer un art de vivre résolument nouveau. Ce qui frappe d'emblée, c'est la cohérence absolue du projet : Charles Siclis, architecte parisien reconnu pour ses théâtres et ses intérieurs sophistiqués, n'a pas simplement conçu un bâtiment. Il a pensé un univers total — depuis le portail d'entrée et la conciergerie jusqu'au moindre meuble, en passant par la disposition des pièces, le dessin des baies et l'organisation du parc. Chaque élément dialogue avec les autres dans une harmonie rare, qui fait de cette demeure un véritable manifeste habité. L'expérience de la maison Siclis s'impose dès l'approche : une colonnade sobre encadre la conciergerie, annonçant la rigueur géométrique qui gouverne l'ensemble. Le visiteur découvre ensuite un volume rectangulaire animé par des décrochements savants, flanqué d'une tour au sud-est qui rappelle, dans une lecture résolument contemporaine, les demeures fortifiées de la région. Les larges baies vitrées à huisseries métalliques inondent les intérieurs de lumière, tandis que le toit à quatre pentes très incliné introduit une note d'inattendu dans cette composition moderniste. À l'intérieur, Siclis a déployé son talent de décorateur avec la même exigence : boiseries, revêtements, luminaires et mobilier sur mesure créent des atmosphères où l'élégance fonctionnaliste flirte avec le confort bourgeois. Le parc, conçu en relation directe avec la distribution intérieure, prolonge les axes et les vues de la maison vers le paysage girondin, brouillant délicieusement la frontière entre architecture et nature.
Architecture
La maison Siclis repose sur un plan rectangulaire dont la monotonie est savamment contrecarrée par un jeu de décrochements volumétriques qui animent chaque façade. Deux appendices structurent l'ensemble selon une logique fonctionnelle et esthétique : au sud-est, une tour confère à la composition une verticalité qui rappelle les bastides et maisons fortes gasconnes réinterprétées dans un langage résolument contemporain ; au sud-ouest, un patio creuse le volume et crée un espace de transition entre l'intérieur et le parc, favorisant lumière et ventilation naturelles selon les principes hygiénistes en vogue dans l'architecture de l'époque. Le béton armé constitue le matériau structurel principal, affiché sans fausse honte dans la tradition rationaliste qui marque les années 1930. Les façades sont percées de larges baies aux huisseries métalliques qui inondent les pièces de lumière tout en affirmant la modernité de l'édifice face aux constructions régionales en pierre ou en brique. Le toit à quatre pentes très incliné introduit une note surprenante dans cette composition moderniste : loin des terrasses plates préconisées par le mouvement international, cette toiture signe un compromis entre le vocabulaire local et les exigences climatiques du sud-Gironde, région aux hivers pluvieux. À l'intérieur, Charles Siclis a orchestré un décor total : boiseries, revêtements de sol et de mur, luminaires et éléments de mobilier dessinés spécifiquement pour la demeure forment un ensemble cohérent qui relève de l'œuvre d'art totale. La conciergerie, dotée d'une colonnade courant sur deux côtés visibles depuis la maison principale, illustre l'attention portée à la mise en scène de l'ensemble du domaine, depuis le premier regard du visiteur jusqu'aux espaces les plus intimes.


