Témoignage rare de l'architecture civile bretonne à pan de bois, cette maison de La Trinité-Porhoët conjuguait sculptures animalières médiévales et remaniements Renaissance avant sa disparition en 2001.
Au cœur du bourg de La Trinité-Porhoët, dans ce Morbihan intérieur que les touristes traversent sans toujours s'y arrêter, se dressait jusqu'au début du XXIe siècle l'une des plus singulières maisons à pans de bois de la Bretagne profonde. Construite au tournant des XVIe et XVIIe siècles, elle incarnait cette architecture domestique des bourgs bretons que l'histoire a si souvent sacrifiée sur l'autel du renouvellement urbain. Ce qui distinguait cette demeure de tant de maisons à colombages était la richesse de son programme décoratif. Les pans de bois — entièrement sculptés et moulurés — intégraient des figures d'animaux, motif récurrent dans l'imagerie populaire et savante de la fin du Moyen Âge et de la Renaissance. Ces représentations zoomorphes, souvent chargées d'une symbolique moralisatrice ou héraldique, transformaient la façade en un véritable livre de pierre et de bois ouvert sur la rue, à la manière des maisons à figures que l'on retrouve à Dinan, Vannes ou Morlaix. Au cours du premier quart du XVIIe siècle, la maison connut un remaniement significatif : le rez-de-chaussée fut repris en granit, matériau de prestige dans la région, tandis que la fenêtre du premier étage fut agrandie pour laisser entrer davantage de lumière — témoignant de l'évolution des goûts et du confort domestique à l'époque moderne. Ce dialogue entre la charpente ouvragée et la maçonnerie granitique conférait à l'édifice une physionomie hybride, typique de l'architecture de transition bretonne. Malheureusement, aucune visite n'est aujourd'hui possible : l'autorisation de démolition accordée le 23 juillet 2001 a scellé le destin de cet édifice. Il ne subsiste de lui que les archives photographiques et documentaires constituées avant sa destruction, précieux témoignages d'un patrimoine vernaculaire breton irrémédiablement perdu. Son souvenir invite à s'interroger sur les politiques de protection du patrimoine mineur, ces maisons ordinaires qui tissaient l'identité des bourgs et que nulle loi ne protégeait.
La maison de La Trinité-Porhoët relevait de la tradition des maisons à pans de bois caractéristique de l'architecture civile bretonne des XVIe et XVIIe siècles. Sa structure portante était intégralement réalisée en charpente de bois, les colombages formant un réseau de poteaux, sablières, écharpes et décharges qui délimitaient les baies et supportaient les planchers. L'originalité de l'édifice résidait dans le traitement décoratif poussé de cette charpente : les pièces de bois étaient intégralement sculptées et moulurées, arborant des figures d'animaux qui en faisaient un véritable bestiaire architecturé, rappelant les programmes iconographiques des miséricordes de chœur ou des sablières peintes de l'architecture religieuse bretonne. Le remaniement du premier quart du XVIIe siècle introduisit une rupture matérielle notable : le rez-de-chaussée fut reconstruit en granit de taille, conférant à la façade un aspect bimatière — pierre en partie basse, bois sculpté en partie haute — fréquent dans l'architecture de transition bretonne. Ce soubassement granitique assurait une meilleure résistance à l'humidité et au gel, tout en affichant une solidité symbolique appréciée des commanditaires. La fenêtre du premier étage fut également agrandie lors de cette campagne, ses nouvelles proportions reflétant l'évolution vers des ouvertures plus larges caractéristiques du premier XVIIe siècle. L'ensemble formait ainsi un édifice à deux registres architecturaux superposés, réunissant dans une même façade deux générations de construction et deux cultures matérielles distinctes.
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La Trinité-Porhoët
Bretagne