
Maison en bois dite Le Carroir Doré, au Carroir Doré
Au cœur de Romorantin, le Carroir Doré éblouit par ses poteaux corniers sculptés — saint Michel terrassant le dragon, Annonciation — témoins d'un art gothique flamboyant d'une rare finesse.

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History
Planté à l'un des carrefours les plus animés de Romorantin-Lanthenay, le Carroir Doré est l'un des rares exemples de maison à pans de bois médiévale encore debout en Sologne, là où la pierre cède volontiers la place au chêne taillé et à l'ingéniosité des charpentiers. Son nom évoque une splendeur passée : les toitures de plomb dorées qui faisaient miroiter ce coin de rue sous le soleil de Loire, attirant l'œil et le commentaire des passants comme des marchands. Ce qui distingue immédiatement l'édifice, c'est la qualité sculpturale exceptionnelle de ses poteaux corniers. Loin d'être de simples éléments de structure, ils sont transformés en véritable programme iconographique : saint Michel foudroyant le dragon, saint Jean l'Évangéliste portant l'Agneau mystique, la scène de l'Annonciation… Autant de figures qui révèlent la piété et l'ambition artistique de leur commanditaire, à la charnière du gothique et de la première Renaissance. L'édifice a certes connu des transformations importantes : ses tourelles d'angle — l'une ronde, l'autre polygonale — ont disparu, et l'étage originel a été remplacé par un comble à pignon. Mais les enrayures conservées témoignent de la silhouette première de la maison, et les poteaux ornés de bases, bagues et chapiteaux finement profilés restituent à l'imagination toute la richesse de l'ensemble du Carroir Doré. Visiter le Carroir Doré, c'est traverser un seuil invisible entre le présent et la fin du XVe siècle, à l'époque où Romorantin était une cité royale en plein essor, fréquentée par les Valois et traversée par les fastes de la cour itinérante. La façade à colombages se contemple idéalement depuis la place adjacente, à l'heure où la lumière rasante du matin ou du soir révèle la profondeur des reliefs sculptés. Son classement au titre des Monuments Historiques dès 1910 témoigne de la reconnaissance précoce de sa valeur patrimoniale. Le Carroir Doré s'inscrit dans un itinéraire cohérent avec les autres demeures Renaissance de Romorantin, ville qui, sous François Ier, faillit devenir la capitale royale de France.
Architecture
La maison du Carroir Doré appartient à la grande tradition des constructions à pans de bois ligériennes, caractérisées par une structure de chêne apparente dont les remplissages de torchis ou de brique assurent l'isolation. Érigée sur un plan rectangulaire, elle se développait initialement sur deux niveaux complétés par des tourelles d'angle — l'une à plan circulaire, l'autre polygonale — qui conféraient à l'ensemble une silhouette animée et hiérarchisée, typique des grandes demeures bourgeoises de la fin du XVe siècle. Ces tourelles ont disparu, mais leurs enrayures, c'est-à-dire les pièces de charpente qui assuraient la liaison entre le mur et la tourelle, demeurent lisibles dans la structure conservée. L'élément le plus remarquable est sans conteste le traitement sculptural des poteaux corniers, véritables piliers de bois travaillés comme des colonnes gothiques : bases moulurées à profils complexes, bagues intermédiaires scandant la hauteur, et chapiteaux à feuillages stylisés ou à motifs géométriques caractéristiques de la transition gothique-Renaissance. Au sommet de ces poteaux s'épanouissent des scènes religieuses en haut-relief d'une qualité remarquable : saint Michel terrassant le dragon, figure de la victoire du bien sur le mal très prisée à cette époque ; saint Jean l'Évangéliste tenant l'Agneau de Dieu ; et l'Annonciation, scène mariale d'une grande douceur. Ces reliefs témoignent d'un atelier de sculpteurs sur bois de premier plan, actif dans la région au tournant des XVe et XVIe siècles. La toiture actuelle, à pignon sur rue, remplace l'ancienne couverture qui supportait les célèbres plombs dorés. L'ensemble de la façade, malgré ses remaniements, conserve une harmonie visuelle indéniable, avec un jeu de saillies et de retraits que les poteaux sculptés soulignent avec élégance, inscrivant la maison dans la continuité esthétique des hôtels particuliers gothiques du Val de Loire.


