Au cœur de Guingamp, cette maison du XVIe siècle dévoile l'âme d'une cité bretonne prospère : colombages sculptés, encorbellements audacieux et décors Renaissance font de cette demeure un témoin rare de l'art urbain de la Renaissance bretonne.
Nichée dans le tissu médiéval de Guingamp, cité ducale des Côtes-d'Armor, cette maison du XVIe siècle s'impose comme l'un des témoignages les plus éloquents de l'architecture civile bretonne de la Renaissance. Classée Monument Historique dès 1923, elle appartient à cette génération de demeures bourgeoises qui fleurirent dans les villes de la Bretagne ducale au lendemain de l'union avec la France, portées par une prospérité marchande et un goût nouveau pour le décor humaniste. Ce qui rend cette maison singulière, c'est précisément son caractère d'exception dans un paysage urbain qui a conservé çà et là quelques rares vestiges de la même époque. Sa façade, rythmée par des pans de bois sculptés et des saillies caractéristiques, illustre avec force le génie des charpentiers-maîtres bretons, capables d'allier la robustesse des structures à bois et la grâce ornementale empruntée aux répertoires Renaissance. Loin de la pierre froide des grandes forteresses, elle incarne la chaleur du quotidien bourgeois, l'ambition de familles qui firent la richesse de Guingamp. La visite de ce monument est avant tout une invitation à la lenteur et à l'observation. En levant les yeux sur ses façades, le visiteur découvre un véritable livre de pierre et de bois, où chaque motif sculpté — entrelacs, feuillages stylisés, visages de personnages — raconte une époque de renouveau culturel et artistique. L'édifice s'intègre dans un centre-ville historique propice à la déambulation, à deux pas de la célèbre place du Centre et de la Basilique Notre-Dame-de-Bon-Secours. Le cadre de Guingamp lui-même participe pleinement à l'expérience : ville à taille humaine, traversée par le Trieux, elle conserve un caractère authentique qui renforce l'émotion patrimoniale. Cette maison n'est pas un monument isolé, mais un fragment vivant d'un ensemble urbain où le Moyen Âge et la Renaissance dialoguent encore avec élégance.
La maison présente les caractéristiques typiques de l'architecture civile bretonne du XVIe siècle, combinant structure à pans de bois et maçonnerie de granite. La façade se distingue par ses encorbellements successifs — les étages supérieurs débordant légèrement sur la rue — procédé qui permettait à la fois d'agrandir la surface habitable et de protéger les passants des intempéries, tout en donnant à l'édifice une silhouette animée et pittoresque caractéristique des rues médiévales bretonnes. Les pièces de bois sont sculptées de motifs Renaissance : rinceaux végétaux, rosaces, figures grotesques et chapitelets géométriques témoignent de l'influence des répertoires décoratifs venus d'Italie par la Loire, adaptés avec un sens breton de la robustesse et de la sobriété relative. La toiture, à forte pente comme l'exige le climat armoricain, était vraisemblablement couverte d'ardoise du pays, matériau roi de la Bretagne. Les percements de fenêtres, à meneaux de pierre ou de bois selon les niveaux, organisent rythmiquement la façade et témoignent d'une recherche d'équilibre entre décor et fonctionnalité. Le rez-de-chaussée, probablement ouvert autrefois par de larges baies destinées à l'exercice d'un commerce, a pu être modifié au cours des siècles sans que la structure générale en soit affectée. Intérieurement, la disposition suivait le plan classique des maisons bourgeoises de l'époque : grande salle commune au premier étage accessible par un escalier à vis, chambres en retrait, caves voûtées en sous-sol pour la conservation des denrées. Si les décors intérieurs originels ont en grande partie disparu, la charpente et les poutres apparentes constituent encore, pour qui sait les lire, un témoignage précieux de la maîtrise constructive des artisans guingampais du XVIe siècle.
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