
Maison du 15e siècle dite Maison Saint-Martin
Chef-d'œuvre de l'architecture à pans de bois vendômoise, cette maison de la fin du XVe siècle dévoile une façade sculptée où saint Louis, saint Jean-Baptiste et saint Martin dialoguent entre des encorbellements superposés d'une rare élégance.

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History
Au cœur de Vendôme, cité ligérienne aux multiples visages médiévaux, la Maison Saint-Martin se dresse comme un témoignage exceptionnel de l'architecture civile de la fin du Moyen Âge. Sa haute silhouette à trois étages couronnée d'un pignon audacieux attire immédiatement le regard, tandis que la richesse de ses sculptures en bois surprend par sa finesse pour un édifice à vocation bourgeoise ou marchande. Ce qui distingue véritablement cette demeure, c'est la cohérence remarquable de son programme décoratif. Les liens du rez-de-chaussée, sculptés à la main dans un bois désormais patiné par les siècles, représentent quatre saints — Louis, Jean-Baptiste, Nicolas et Martin — chacun identifiable par ses attributs iconographiques traditionnels. Saint-Louis porte fièrement un écusson, rappelant la dévotion royale qui imprégnait encore l'imaginaire populaire de la fin du XVe siècle. Ce bestiaire hagiographique taillé dans la charpente donne à la façade une dimension presque cathédrale, singulière pour une maison de ville. La visite s'apprécie d'abord depuis la rue, en prenant le recul nécessaire pour saisir l'effet de cascade des encorbellements successifs : chaque étage déborde légèrement sur celui du dessous, créant un rythme ascendant qui culminait jadis dans la pointe du pignon. Les profils moulurés des poteaux, traverses, sablières et liens aux premier et second étages témoignent d'un souci esthétique qui dépasse la simple utilité structurelle. Entre les colombages, les remplissages en briques apparentes animent la façade d'un jeu de textures et de couleurs chaud et vivant. Le quartier ancien de Vendôme, qui compte plusieurs autres demeures médiévales et Renaissance, offre un cadre idéal pour prolonger la promenade. La ville, traversée par le Loir et dominée par les vestiges de son château comtal, invite à une déambulation complète à travers les siècles. La Maison Saint-Martin y occupe une place de choix parmi les monuments classés, à deux pas de l'abbaye de la Trinité, autre joyau du patrimoine vendômois.
Architecture
La Maison Saint-Martin est un exemple accompli de l'architecture à pans de bois de la fin du Moyen Âge dans le Val de Loire. Son élévation se décompose en un rez-de-chaussée, deux étages et un pignon, soit une hauteur totale particulièrement marquante pour une maison de ville. L'organisation des façades obéit à une logique d'encorbellements successifs : le premier étage déborde sur le rez-de-chaussée, le second sur le premier, créant cette silhouette en surplomb caractéristique des maisons médiévales à colombages, qui permettait à la fois d'agrandir les surfaces habitables aux étages et d'abriter partiellement les piétons en dessous. La charpente constitue l'âme de l'édifice. Au niveau du pignon, la ferme extérieure est mise en valeur en saillie, avec des jambettes et aisseliers portés par des liens — un dispositif structurel habilement transformé en motif ornemental. Sur les deux premiers étages, l'ensemble des éléments de la structure bois — poteaux verticaux, traverses horizontales, sablières et liens diagonaux — est soigneusement mouluré selon des profils que les spécialistes de la charpenterie médiévale associent à la transition entre le gothique et la première Renaissance, soit les années 1490-1520 environ. Les vides entre les éléments de bois sont remplis de briques apparentes, matériau à la fois économique et décoratif, fréquent dans le bâti ligérien de cette époque. La pièce maîtresse demeure indéniablement le programme sculpté du rez-de-chaussée, où les liens — ces pièces de bois triangulaires reliant les montants aux traverses — sont transformés en véritables reliefs hagiographiques. Saint-Louis à l'écusson, saint Jean-Baptiste, saint Nicolas et saint Martin y sont représentés dans un style encore ancré dans la tradition gothique, avec une attention portée aux attributs iconographiques permettant l'identification des personnages. La qualité d'exécution de ces sculptures trahit l'intervention d'un imagier ou d'un charpentier-sculpteur de talent, familier des ateliers de la région tourangelle.


