À Malestroit, la Maison de la Truie qui file fascine par ses sculptures médiévales sur pans de bois : une truie fileuse et des singes grotesques narguent le visiteur depuis le XVe siècle.
Au cœur de Malestroit, bourgade bretonne aux ruelles pavées qui longent le canal de Nantes à Brest, se dresse l'une des façades à colombages les plus singulières de toute la Bretagne. La Maison de la Truie qui file — ou Maison des Singes selon les époques — n'est pas simplement un bel exemple d'architecture civile médiévale : c'est un véritable théâtre sculpté, où la pierre cède la place au bois taillé avec une finesse qui confond l'œil. Ce qui rend ce monument absolument unique, c'est la nature même de son décor. Là où d'autres demeures bourgeoises du XVe siècle affichent des motifs végétaux ou des armoiries, celle-ci a préféré l'humour et la dérision. Une truie filant à la quenouille — image inversée et satirique du monde humain —, des singes en posture humaine, des figures grotesques et hybrides : tout ce bestiaire fantastique constitue un programme iconographique rare, hérité de la tradition des marges enluminées des manuscrits médiévaux, transposé ici sur la façade d'une maison de ville. Déambuler devant cette façade, c'est s'offrir un cours d'histoire de l'art à ciel ouvert. Les sculptures occupent les sablières et les poteaux corniers avec une générosité qui trahit la prospérité du commanditaire : un bourgeois ou marchand aisé de Malestroit, sans doute soucieux d'afficher à la fois sa réussite et son esprit. La finesse du travail de charpente, le soin apporté à chaque figure, la complexité narrative de l'ensemble en font l'un des exemples les mieux conservés de sculpture sur bois profane en France. Le cadre renforce l'enchantement : Malestroit est une ville d'art et d'histoire préservée, dont le centre médiéval recèle d'autres façades remarquables. Mais la Maison de la Truie qui file y occupe une place à part, celle d'un chef-d'œuvre populaire et savant à la fois, à la croisée de la sagesse paysanne et de l'érudition cléricale. Pour le voyageur sensible au patrimoine, c'est un arrêt incontournable dans tout itinéraire breton.
La Maison de la Truie qui file est un bel exemple d'architecture civile médiévale à pans de bois, technique constructive qui domine la Bretagne intérieure au XVe siècle. L'ossature en chêne — essence de prédilection des charpentiers bretons — repose sur un solage en pierre de taille locale, formule mixte qui garantit à la fois solidité et isolation face à l'humidité du climat armoricain. Les colombages forment une trame régulière, renforcée par des écharpes et des décharges dont les intervalles sont hourdés d'un remplissage de torchis ou de brique. Mais c'est le traitement sculpté de la charpente qui distingue radicalement cette maison de ses contemporaines. Les sablières — pièces de bois horizontales qui courent sur toute la longueur de la façade — sont entièrement taillées de personnages et d'animaux en relief. Les poteaux corniers et les potences reçoivent quant à eux des figures en fort relief, presque en ronde-bosse par endroits : la truie fileuse à la quenouille, les singes en posture anthropomorphe, et d'autres grotesques dont la facture révèle la main d'un sculpteur sur bois de grande habileté. Le style de ces sculptures s'inscrit dans la tradition flamboyante bretonne, avec une expressivité presque caricaturale qui annonce les débordements de la Renaissance. La toiture, à forte pente caractéristique de l'architecture bretonne, est couverte d'ardoise du pays — matériau omniprésent dans la région. La façade s'ouvre sur la rue par des fenêtres à meneaux dont les proportions modestes contrastent avec la générosité du décor sculpté qui les encadre, créant un dialogue permanent entre structure et ornement. Le plan intérieur, typique des maisons de bourgeois médiévaux, s'articule vraisemblablement autour d'une salle commune au rez-de-chaussée et de chambres à l'étage, desservies par un escalier de bois.
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