
Maison du 15e siècle, anciennement dite des Quatre Fils Aymon
Au cœur de Tours, cette maison à pans de bois du XVe siècle dissimule sous ses façades médiévales des trésors décoratifs aux emblèmes de Louis XI : fleurs de lys, couronnes royales et sculptures sur poteau cornier.

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History
Nichée dans le vieux Tours, la maison dite des Quatre Fils Aymon est l'un de ces témoins discrets mais irremplaçables de l'architecture civile médiévale française. Ses deux façades en pans de bois, caractéristiques de la construction tourangelle du XVe siècle, s'inscrivent dans un tissu urbain qui fut, sous le règne de Louis XI, l'un des plus animés du royaume. Tours était alors de facto la capitale de la France, et chaque rue de son centre recelait une vie commerciale et artistique intense. Ce qui distingue cette demeure parmi ses semblables, c'est la richesse ornementale qui subsistait jusqu'à une époque récente dans ses entrailles. Le rez-de-chaussée, dévolu au commerce comme il était d'usage dans les maisons bourgeoises médiévales, était soutenu à l'angle de rue par un poteau cornier sculpté — élément architectural rarissime à avoir survécu — dont les décors en bas-relief dialoguaient avec les traverses également ouvragées. Ce type de sculpture sur bois, entre le gothique flamboyant et les prémices de la Renaissance, constituait à lui seul un document exceptionnel sur les arts décoratifs du règne de Louis XI. Plus troublants encore étaient les vestiges peints qui ornaient le plafond du rez-de-chaussée et la hotte de la grande cheminée : couronnes royales, fleurs de lys et l'initiale « L » de Louis XI y étaient représentées, suggérant un lien fort, sinon direct, avec la cour itinérante du roi-araignée. Ces peintures murales, d'une rareté absolue pour une demeure bourgeoise, conféraient au lieu une dimension presque symbolique, à la frontière entre la maison marchande et la résidence de prestige. Malheureusement, lors de l'aménagement d'une boutique moderne, ces décors furent rapidement masqués ou détruits, laissant aux historiens et aux amateurs de patrimoine le regret d'une perte irréparable. La maison n'en conserve pas moins, dans son élévation extérieure, une silhouette authentique et émouvante, typique de la Tours médiévale que les bombardements de 1940 ont si cruellement réduite. Aujourd'hui inscrite à l'Inventaire supplémentaire des Monuments Historiques depuis 1941, la maison des Quatre Fils Aymon demeure un passage obligé pour quiconque s'intéresse à l'architecture civile de la vallée de la Loire et à l'âge d'or tourangeau du XVe siècle.
Architecture
La maison des Quatre Fils Aymon est un exemple remarquable de l'architecture civile en pan de bois caractéristique de la Touraine médiévale du XVe siècle. Ses deux façades — vraisemblablement sur deux rues perpendiculaires, selon le schéma classique de la maison d'angle urbaine — sont constituées d'une ossature de bois dont les intervalles étaient hourdés de torchis ou de brique. Ce mode constructif, économique et rapide, permettait néanmoins une grande liberté ornemental dans la taille et la sculpture des pièces de charpente apparentes. L'élément le plus remarquable de l'élévation extérieure est le poteau cornier sculpté qui soulignait l'angle des deux façades au rez-de-chaussée. Ce poteau, placé à hauteur d'homme à la jonction des deux murs, était un support structurel mais aussi un véritable objet d'art : sculpté en bas-relief dans un style gothique tardif aux accents décoratifs précocement renaissants, il portait des motifs végétaux, géométriques ou figurés. Les traverses horizontales qui s'y raccordaient étaient également ornées, formant un ensemble cohérent et soigné. Ce type de décor sur pans de bois est typique des maisons bourgeoises aisées de la seconde moitié du XVe siècle dans toute la vallée de la Loire. À l'intérieur, le plafond à solives apparentes du rez-de-chaussée et la grande hotte de cheminée constituaient les surfaces nobles du décor. Les peintures qui les ornaient — couronnes, fleurs de lys, monogramme royal — indiquent un souci de représentation sociale fort. La cheminée elle-même devait être d'un gabarit généreux, comme en témoigne la mention d'une « vaste hotte », élément de confort et de prestige dans toute demeure aisée du Moyen Âge finissant.


