Survivant miraculeux de l'incendie de 1720, cet hôtel particulier rennais en pans de bois du XVIIe siècle séduit par sa lanterne à carène et ses pilastres doriques d'une élégance rare.
Au cœur de Rennes, l'hôtel de la Louvre — ou de la Noue — s'impose comme l'un des rares témoins rescapés du visage médiéval et classique de la ville avant le grand incendie dévastateur de 1720. Édifié dans le troisième quart du XVIIe siècle sur des terrains concédés par la ville, il incarne à lui seul la manière bretonne d'accommoder le vocabulaire architectural classique français à la tradition locale de la construction en pans de bois. Ce qui distingue immédiatement l'hôtel de la Louvre du reste du bâti rennais, c'est précisément la subtilité de sa façade : une architecture en colombages qui ne renonce pas pour autant aux ornements savants du classicisme. La porte d'entrée, encadrée de deux pilastres doriques cannelés et couronnée d'un œil-de-bœuf niché dans un fronton triangulaire, témoigne d'un artisan maîtrisant parfaitement les ordres antiques, les appliquant avec une rigueur digne des grands hôtels parisiens. Mais c'est en levant les yeux vers le toit que la visite révèle sa vraie surprise : une lanterne à deux niveaux couverte en carène, forme évoquant la coque renversée d'un navire, couronne élégamment la cage d'escalier à balustres. Cette silhouette singulière, presque maritime dans ses références, rappelle que Rennes, capitale administrative de la Bretagne, fut aussi une ville de négociants prospères entretenant des liens étroits avec les ports bretons. Visiter l'hôtel de la Louvre, c'est donc traverser plusieurs strates de l'histoire rennaise en un seul édifice : l'urbanisme de l'Ancien Régime, la survivance exceptionnelle face au feu, et la rencontre entre l'art de bâtir breton et les canons classiques venus de Paris et de l'Italie. Pour l'amateur de patrimoine, cet hôtel constitue un arrêt incontournable dans la découverte du vieux Rennes.
L'hôtel de la Louvre appartient à la grande tradition de la construction en pans de bois, technique dominante dans le Rennes pré-1720. L'édifice s'organise sur un rez-de-chaussée surmonté de deux étages, selon une élévation sobre mais bien proportionnée. La façade joue habilement de la complémentarité entre la trame de bois, aux remplissages de torchis ou de maçonnerie, et des éléments de décor empruntés au répertoire classique : pilastres doriques cannelés encadrant la porte d'entrée, fronton triangulaire surmontant l'ensemble de la travée centrale, et œil-de-bœuf inscrit dans ce fronton, motif récurrent de l'architecture française du Grand Siècle. Ce métissage entre la charpenterie traditionnelle bretonne et le vocabulaire des ordres antiques est caractéristique des hôtels bourgeois de la seconde moitié du XVIIe siècle dans les villes de province, où les artisans locaux assimilaient les gravures d'architecture diffusées depuis Paris pour les adapter à leurs matériaux et savoir-faire propres. L'intérieur conserve un escalier à balustres, solution de distribution verticale élégante et typique des intérieurs aisés de l'époque. L'élément le plus spectaculaire et le plus singulier de l'édifice demeure sa toiture : une lanterne à deux étages, couverte en carène — c'est-à-dire dont la forme rappelle la quille d'un navire retourné —, couronne la cage d'escalier. Cette solution toiture-lanterne, à la fois fonctionnelle (éclairage de l'escalier central) et décorative, confère à la silhouette de l'hôtel un caractère immédiatement reconnaissable dans le paysage urbain rennais.
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