Joyau discret du XVIIIe siècle josselinois, l'Hôtel d'Aumont recèle des peintures sur soie chinoises uniques en Bretagne et des lambris sculptés d'une délicatesse rare.
Au cœur de Josselin, petite cité médiévale du Morbihan dominée par son célèbre château des Rohan, l'Hôtel d'Aumont constitue l'un des témoignages les plus raffinés de l'art de vivre à la française au siècle des Lumières. Discret depuis la rue, cet hôtel particulier de plan en L dévoile pourtant, dès que l'on franchit son seuil, un intérieur d'une richesse singulière, préservé dans sa quasi-intégralité depuis sa construction dans les années 1760. Ce qui distingue absolument l'Hôtel d'Aumont des demeures bourgeoises de sa génération, c'est la coexistence sous un même toit de deux esthétiques que tout semble opposer : l'élégance rocaille bretonne, incarnée par ses lambris chantournés et ses cheminées à tablettes en bois sculpté, et l'orientalisme raffiné de sept peintures sur soie réalisées en Chine, ornant une chambre et son cabinet attenant au premier étage. Ces œuvres témoignent de la fascination que l'Extrême-Orient exerçait sur les élites provinciales du XVIIIe siècle, au temps de la Compagnie des Indes dont le port de Lorient, tout proche, était le cœur battant. Le rez-de-chaussée offre quant à lui un programme décoratif d'une cohérence remarquable : des toiles marouflées ornant les dessus de portes représentent des scènes champêtres idylliques, dans la veine pastorale si prisée par les commanditaires de l'époque. L'ensemble forme un récit pictural et ornemental qui renseigne autant sur les goûts esthétiques de la bourgeoisie bretonne que sur les circuits commerciaux et culturels qui irriguaient la province. Visiter l'Hôtel d'Aumont, c'est pénétrer dans un espace du temps suspendu, où la distribution originelle des pièces — préservée presque à l'identique depuis le XVIIIe siècle — permet de comprendre concrètement comment une famille aisée de province organisait son quotidien et représentait son rang social. Loin des reconstitutions muséales, l'atmosphère y demeure intime et authentique, propice à une contemplation attentive des détails qui font la valeur de cet hôtel particulier.
L'Hôtel d'Aumont présente un plan en L caractéristique des hôtels particuliers de province du XVIIIe siècle, permettant d'articuler les espaces de représentation et les parties plus privées ou utilitaires selon une logique fonctionnelle et sociale bien établie. L'élévation extérieure, sobre et équilibrée, reflète le classicisme provincial breton de la seconde moitié du siècle de Louis XV : des ouvertures régulièrement rythmées, une façade en pierre de taille locale et une toiture en ardoise — matériau roi de la couverture bretonne — composent un édifice discret mais bien proportionné. C'est à l'intérieur que se révèle la véritable ambition architecturale et décorative de la demeure. Le rez-de-chaussée est orné de lambris chantournés aux découpes souples et sinueuses, typiques du vocabulaire rocaille alors en vogue, ainsi que de cheminées à tablettes en bois sculpté d'une belle facture artisanale. Les dessus de portes accueillent des toiles marouflées représentant des scènes champêtres, procédé décoratif élégant qui intègre la peinture à l'architecture et crée une continuité visuelle entre menuiserie et art pictural. Le premier étage constitue la pièce de résistance décorative du bâtiment : une chambre et son cabinet attenant abritent sept peintures sur soie d'origine chinoise, intégrées au décor mural. Ces œuvres, probablement enchâssées dans des boiseries spécialement conçues pour les accueillir, illustrent la mode de la chinoiserie qui traversa toute l'Europe au XVIIIe siècle. Cet ensemble forme un cabinet d'inspiration orientale d'une cohérence et d'une rareté remarquables, sans équivalent connu dans le patrimoine civil breton rural.
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Josselin
Bretagne