
Maison dite Fief de Bois Ramé
Au cœur de Bléré, ce logis médiéval du XVe siècle fascine par sa tourelle d'escalier en encorbellement ornée de sculptures délicates, rare témoignage de l'architecture civile gothique en Touraine.

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History
Nichée dans la petite ville de Bléré, aux portes de la vallée du Cher, la maison dite Fief de Bois Ramé est l'un de ces joyaux discrets que le patrimoine tourangeau sait si bien dissimuler au regard des passants. Classée Monument Historique depuis 1929, cette demeure du XVe siècle incarne avec élégance l'art de bâtir des logis bourgeois à la fin du Moyen Âge, avant que la Renaissance italienne ne vienne bouleverser les codes architecturaux de la Loire. Ce qui distingue immédiatement le Fief de Bois Ramé du bâti ordinaire de son époque, c'est sa tourelle d'escalier en encorbellement, dont les corbeaux sculptés révèlent un soin particulier apporté à l'ornementation. Ces fines sculptures à la base des encorbellements témoignent d'un commanditaire soucieux d'afficher son rang et son goût, dans une région où la proximité des cours royales et seigneuriales encourageait l'émulation artistique. Loin de l'austérité que l'on prête parfois à l'architecture gothique civile, ce logis exprime une sensibilité raffinée. La disposition intérieure, avec ses deux pièces par étage distribuées autour de la tourelle centrale, suit un plan rationnel et fonctionnel caractéristique des maisons de statut intermédiaire — ni grande résidence seigneuriale, ni simple maison d'artisan. On imagine aisément la vie quotidienne d'une famille de notables ou d'un officier royal dans ces pièces bien éclairées, reliées par le gracieux escalier en vis. Pour le visiteur, le Fief de Bois Ramé offre une pause hors du temps dans le tissu urbain de Bléré. Observer la façade depuis la rue, laisser le regard remonter le long de la tourelle et saisir les détails sculptés constitue déjà une expérience précieuse. Dans une région dominée par les fastes des grands châteaux de la Loire, ce modeste logis rappelle avec force que l'excellence architecturale médiévale s'exprimait aussi à une échelle plus humaine et plus intime.
Architecture
Le Fief de Bois Ramé appartient au type du logis gothique civil urbain, caractéristique de la production architecturale française du XVe siècle. Sa composition s'organise autour d'une tourelle d'escalier en encorbellement, dispositif à la fois fonctionnel et ostentatoire qui permettait de desservir les différents niveaux sans empiéter sur la surface habitable des pièces principales. Ce type de tourelle hors-œuvre, accrochée à la façade ou à l'angle du bâtiment, constituait un marqueur social fort dans l'architecture civile médiévale tardive. La caractéristique la plus remarquable de cette tourelle réside dans la décoration sculptée de ses encorbellements. Les corbeaux porteurs, taillés avec soin, arborent de fines sculptures dont les motifs — probablement floraux, zoomorphes ou héraldiques, comme il était d'usage dans le gothique flamboyant tourangeau — témoignent d'un niveau d'exécution artisanale élevé. La maçonnerie, vraisemblablement en tuffeau, cette pierre calcaire tendre et blanche si caractéristique du Val de Loire, se prêtait admirablement à ce type de sculpture fine. La distribution intérieure, avec deux pièces à chaque niveau, reflète une conception sobre et efficace de l'espace domestique bourgeois. L'escalier en vis logé dans la tourelle assurait la circulation verticale entre les étages, selon un schéma fonctionnel que l'on retrouve dans nombre de logis médiévaux conservés en Touraine. Les toitures, sans doute à forte pente et couvertes d'ardoise selon la tradition régionale, devaient couronner l'ensemble d'une silhouette élancée typique de l'architecture gothique civile de la fin du Moyen Âge.


