Joyau de l'architecture civile bretonne du XVIe siècle, la Maison du Bourreau à Lamballe fascine par son colombage sculpté et la légende sombre qui entoure son nom depuis des siècles.
Au cœur de Lamballe, cité médiévale des Côtes-d'Armor, se dresse l'une des demeures à pans de bois les mieux préservées de toute la Bretagne intérieure. La Maison dite du Bourreau tire son nom d'une tradition orale tenace qui veut que l'exécuteur des hautes œuvres de la ville ait occupé ces murs au tournant du XVIe siècle — une réputation qui, loin de rebuter les visiteurs, leur confère une aura de mystère irrésistible. Ce qui rend cette demeure véritablement singulière, c'est la qualité de sa charpente apparente et la richesse de ses ornements sculptés. Les poteaux corniers, les sablières et les décharges sont travaillés avec un soin qui dépasse largement les besoins d'une habitation ordinaire, témoignant du rang social de son commanditaire originel et du savoir-faire exceptionnel des charpentiers lamballais de la Renaissance. La visite s'impose à tout amateur de patrimoine civil médiéval et Renaissance. Depuis la rue, la façade à encorbellements successifs offre une leçon d'architecture vernaculaire : chaque niveau déborde légèrement sur le précédent, stratégie structurelle autant qu'esthétique qui maximisait la surface habitable dans un tissu urbain dense. Les colombages dessinent un jeu géométrique que rehaussent des motifs végétaux et fantastiques finement ciselés. Lamballe elle-même mérite qu'on y consacre une demi-journée : ancienne capitale du duché de Penthièvre, elle conserve autour de la collégiale Saint-Fiacre et des ruelles pavées un ensemble médiéval cohérent dont la Maison du Bourreau est l'un des fleurons absolus. Entre cour intérieure à colombages et panorama sur les toits ardoisés de la ville, l'atmosphère est celle d'une Bretagne gothique et charpentière, authentique et sans artifice.
La Maison du Bourreau appartient à la grande famille des maisons à pans de bois bretonnes de la Renaissance, un type constructif qui connut son apogée dans les villes de Haute-Bretagne entre 1480 et 1580. La structure porteuse est assurée par une ossature de chêne massif : poteaux corniers, sablières hautes et basses, décharges en écharpe et aisseliers sculptés composent une trame à la fois statique et décorative. Les remplissages entre les pièces de bois sont traditionnellement réalisés en torchis, parfois remplacés ultérieurement par de la brique ou du moellon. La façade, caractéristique de l'architecture civile lamballaise, présente un encorbellement progressif des étages sur la rue, technique structurelle qui permettait de dégager de l'espace en hauteur sans empiéter davantage sur la voie publique. Les bois apparents sont ornés de motifs sculptés — rinceaux végétaux, têtes grotesques ou figures géométriques — qui témoignent d'une influence Renaissance diffusée depuis les ateliers urbains de Saint-Brieuc et de Dinan. La toiture, à forte pente comme le veut la tradition armoricaine, était couverte d'ardoise bleue du pays. Intérieurement, la disposition en plan allongé, avec pièce sur rue et corps de bâtiment développé vers un cœur d'îlot, est typique des demeures bourgeoises de l'époque. Les niveaux supérieurs, réservés aux chambres et aux réserves, communiquent par un escalier à vis de bois dont la cage occupe l'angle arrière de la construction, solution courante dans les maisons à pans de bois bretonnes du XVIe siècle.
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Lamballe
Bretagne