
Maison dite "des Templiers"
Rare survivante de l'architecture civile romane du XIIe siècle, cette maison beaugençoise dévoile ses arcades en plein cintre et ses chapiteaux sculptés, témoins silencieux d'un Moyen Âge commercial oublié.

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History
Au cœur de Beaugency, petite ville ligérienne dont le pont médiéval enjambe majestueusement la Loire, se dresse l'un des édifices civils romans les mieux conservés du Val de Loire. Connue sous l'appellation pittoresque — et historiquement infondée — de « Maison des Templiers », cette bâtisse du XIIe siècle constitue une anomalie précieuse dans un paysage patrimonial dominé par les châteaux et les cathédrales gothiques : ici, c'est la vie ordinaire et commerçante du Moyen Âge qui s'offre à la lecture. Ce qui distingue immédiatement ce monument, c'est la qualité exceptionnelle de son décor sculpté. Les arcs en plein cintre et les chapiteaux des colonnettes qui scandent la façade arborent un ornementation soignée, typique du travail des tailleurs de pierre romans de la région ligérienne. On devine à ces détails l'investissement d'un commanditaire aisé, probablement un marchand prospère ou un bourgeois de la ville, soucieux d'afficher sa réussite dans la pierre même de sa demeure. La façade, malgré les outrages du XIXe siècle — quatre arcades sacrifiées vers 1850 pour installer une banale devanture de magasin —, conserve suffisamment de substance pour restituer l'image d'un rez-de-chaussée entièrement dédié au commerce, ouvert sur la rue par une succession de boutiques voûtées. L'étage, plus résidentiel, s'animait quant à lui de fenêtres géminées à colonnettes, dont la silhouette évoque les grandes maisons canoniales de la même époque. Visiter la Maison des Templiers, c'est faire l'expérience rare d'une architecture sans monumentalité ostentatoire, où la grandeur tient dans les détails : le galbe d'un chapiteau, la courbe généreuse d'un plein cintre, le grain d'un calcaire blond qui absorbe la lumière de Loire. Pour le voyageur cultivé, c'est une halte indispensable dans la découverte de Beaugency, à combiner avec le donjon roman du XIe siècle et l'abbaye Notre-Dame toute proche.
Architecture
La Maison des Templiers est un édifice civil roman du XIIe siècle, style rare dans l'architecture domestique française dont les exemples non religieux ont très souvent disparu. Sa façade, ordonnancée selon un schéma bipartite classique dans la maison romane commerçante, distingue clairement un rez-de-chaussée marchand d'un étage résidentiel. Le rez-de-chaussée s'ouvrait originellement par cinq arcades en plein cintre — dont une seule subsiste partiellement après les destructions de 1850 —, formant une galerie de boutiques directement accessibles depuis la rue, selon un dispositif comparable aux maisons romanes de Saint-Gilles-du-Gard ou de Cluny. L'étage, mieux préservé, présente le motif décoratif le plus caractéristique de l'édifice : des fenêtres géminées à deux baies en plein cintre séparées par des colonnettes, dont les chapiteaux portent un décor sculpté d'une belle qualité plastique. Ces chapiteaux, traités dans un style roman ligérien, présentent des motifs feuillagés et géométriques témoignant de la maîtrise des sculpteurs locaux au siècle de l'épanouissement roman. Les arcs en plein cintre eux-mêmes sont ornés de moulures et de décors géométriques en archivolte, qui confèrent à la façade une élégance rare pour un édifice à vocation purement civile. Les matériaux employés sont le calcaire tuffeau et le calcaire dur de la région, caractéristiques de la construction médiévale ligérienne. À l'intérieur, si les espaces ont été profondément transformés au fil des siècles, la desserte par un escalier en vis — élément de confort et de prestige au Moyen Âge — confirme le statut élevé du bâtiment. La cave, accessible par un escalier droit depuis la maison contiguë, conserve au bas de sa volée le départ d'un escalier en vis encore plus ancien, indice d'une stratification chronologique complexe dans ce secteur du parcellaire urbain médiéval.


