Au cœur du vieux Quimper, la Maison des Cariatides dévoile une façade Renaissance d'exception : ses figures sculptées du XVIe siècle portent littéralement les étages sur leurs épaules, témoignage rare de la statuaire civile bretonne.
Au détour d'une rue pavée du centre historique de Quimper, la Maison dite des Cariatides surgit comme un cabinet de curiosités architectural à ciel ouvert. Sa façade à pans de bois, rythmée par des sculptures figuratives qui semblent porter le poids des siècles sur leurs épaules, constitue l'un des rares exemples bretons de décor sculpté humaniste appliqué à l'architecture civile du XVIe siècle. Ce n'est pas un monument que l'on visite à l'intérieur, c'est un monument que l'on contemple, le nez levé, en cherchant dans chaque figure le visage d'un saint, d'un dieu antique ou d'un bourgeois quimpérois disparu. Ce qui distingue radicalement la Maison des Cariatides des nombreuses demeures à pans de bois qui jalonnent la Bretagne, c'est précisément cet ornement savant disposé au rez-de-chaussée. Les piles séparant les baies du commerce sont ornées de figures en ronde-bosse ou en haut-relief qui soutiennent l'encorbellement supérieur, répétant ainsi le procédé antique de la cariatide — figure féminine transformée en colonne portante — dans un contexte marchand et provincial. Ce dialogue entre l'Antiquité gréco-romaine et l'artisanat breton est une prouesse rare et émouvante. La visite de l'édifice s'inscrit naturellement dans un parcours à pied dans la vieille ville de Quimper, à deux pas de la cathédrale Saint-Corentin et du quartier médiéval qui longe les rives de l'Odet. L'immeuble conserve sa fonction d'habitat et de commerce, ce qui lui confère une authenticité que n'ont pas toujours les monuments muséifiés : ici, la pierre sculptée côtoie la vie quotidienne, les devantures modernes encadrant des piliers vieux de cinq cents ans. Pour le photographe, la lumière matinale rasante sur la façade révèle avec une précision spectaculaire le relief des sculptures, faisant ressortir les visages et les drapés avec une profondeur insoupçonnée en plein midi. Pour l'historien de l'art, c'est une pièce à conviction de la pénétration des influences de la Renaissance française — et de ses réinterprétations artisanales locales — jusque dans les villes marchandes de Bretagne, à une époque où la province intégrait progressivement les canons esthétiques venus d'Île-de-France et d'Italie.
La Maison des Cariatides est un édifice à structure de pans de bois, technique constructive dominante dans l'habitat urbain breton du XVIe siècle. Sa façade, orientée sur rue, est organisée au rez-de-chaussée autour d'un dispositif tripartite : une porte centrale flanquée de deux grandes baies qui correspondent à d'anciennes boutiques, selon un schéma fonctionnel typique de la maison de commerce médiévale et renaissante. Ce qui élève radicalement ce programme banal au rang d'œuvre remarquable, ce sont les piles maçonnées ou sculptées dans le bois qui séparent ces ouvertures et qui sont ornées de figures en relief — les fameuses cariatides — soutenant l'encorbellement des étages supérieurs. L'encorbellement, procédé technique consistant à faire saillir les étages successifs au-dessus du rez-de-chaussée pour gagner de la surface habitable tout en protégeant la façade des intempéries, est ici mis en scène de façon plastiquement inventive : les figures sculptées semblent assumer visuellement la fonction structurelle des poteaux corniers ou des jambes de force, transformant une nécessité technique en programme iconographique. La qualité d'exécution de ces sculptures, avec leurs drapés, leurs physionomies et leurs attitudes variées, révèle la main d'un artisan expérimenté, probablement formé dans l'orbite des grands chantiers de la Renaissance bretonne ou ligérienne. Les matériaux employés sont ceux de la construction traditionnelle régionale : le bois de chêne pour les pans de bois et la charpente des étages, les pierres de taille calcaire ou granitiques pour les éléments maçonnés du soubassement et des piles décoratives. L'ensemble présente cette alliance caractéristique du granit breton et du bois sculpté qui donne aux demeures renaissantes de Quimper leur identité visuelle particulière, à la fois austère et ornementée.
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