Maison dite de la Reine de Sicile
Au cœur de Saumur, cette demeure médiévale du XVe siècle, classée depuis 1912, perpétue le souvenir de Yolande d'Aragon, reine de Sicile et grande protectrice du royaume de France.
History
Nichée dans les ruelles de la vieille ville de Saumur, la Maison dite de la Reine de Sicile est l'une des rares demeures civiles médiévales encore debout dans cette cité angevine. Son nom évocateur renvoie à Yolande d'Aragon, duchesse d'Anjou et reine titulaire de Sicile, figure politique de premier rang dans la France tourmentée du XVe siècle. La maison constitue un témoignage architectural exceptionnel de l'architecture domestique urbaine à la fin du Moyen Âge, à une époque où Saumur était une place forte intellectuelle et religieuse de l'Anjou. Ce qui rend cet édifice singulier, c'est précisément ce lien — réel ou légendaire — avec une reine dont l'ombre plane sur toute la politique française de la guerre de Cent Ans. Yolande d'Aragon, belle-mère de René d'Anjou et protectrice de Jeanne d'Arc, rayonnait depuis la région angevine ; Saumur, cité de ses domaines, lui offrait des relais de pouvoir. La maison, par son emplacement et son gabarit, évoque la résidence d'une noble dame de cour ou d'un bourgeois aisé lié à l'entourage princier. Pour le visiteur, la découverte de cette maison est une invitation à ralentir et à lire la ville médiévale autrement. La façade parle d'elle-même : ses pierres de tuffeau blond, matériau roi du Val de Loire, sont sculptées avec la sobriété raffinée propre au gothique flamboyant tardif. Baies en accolade, moulures élégantes, appuis de fenêtres travaillés — chaque détail invite à lever les yeux. Le cadre est celui de la vieille ville de Saumur, à deux pas du château royal qui domine la Loire et dont les tours se profilent à l'horizon. Intégrée au tissu urbain, la maison dialogue avec ses voisines dans une harmonie de tuffeau et d'ardoise typique du Val de Loire. Une halte incontournable pour quiconque s'intéresse à l'architecture civile de la fin du Moyen Âge et à l'histoire des grandes dames de France.
Architecture
La Maison dite de la Reine de Sicile appartient à la tradition de l'architecture civile gothique tardive du Val de Loire, caractérisée par l'emploi quasi exclusif du tuffeau, cette pierre calcaire tendre et lumineuse extraite des falaises troglodytiques du Saumurois. Sa façade sur rue présente les canons des demeures bourgeoises et nobiliaires de la fin du XVe siècle : élévation sur deux ou trois niveaux, grandes baies à meneaux ornées de moulures prismatiques, encadrements sculptés en accolade et appuis de fenêtres profilés, caractéristiques du gothique flamboyant angevin. La toiture, conformément aux traditions locales, est couverte d'ardoise, matériau dominant dans toute la région ligérienne, dont les reflets bleu-gris contrastent avec le blanc doré des murs en tuffeau. La structure intérieure devait suivre le plan habituel des maisons urbaines médiévales de rang élevé : grande salle basse à vocation représentative, cuisine et dépendances au rez-de-chaussée, chambre et salle d'apparat à l'étage, desservies par un escalier à vis logé dans une tourelle en encorbellement ou en retrait de cour. Parmi les éléments les plus remarquables, les sculptures des encadrements de baies témoignent de la qualité des tailleurs de pierre saumurois, réputés dans tout l'Anjou. Des détails héraldiques ou décoratifs — entrelacs, fleurs stylisées, angelots — pouvaient orner les clefs de linteau ou les écoinçons, soulignant le rang de son occupant d'origine. L'ensemble exprime ce mélange de rigueur gothique et d'élégance naissante qui préfigure les premières touches Renaissance dans l'architecture angevine.


