Joyau gothique de Morlaix, cette maison à lanterne dévoile une façade en encorbellement sculptée, une cour intérieure baignée de lumière et un escalier à vis en bois d'une élégance rare — chef-d'œuvre de la bourgeoisie bretonne des XVe-XVIIe siècles.
Au cœur de Morlaix, ville prospère du Léon dont le rayonnement commercial irrigua toute la Bretagne, la maison dite à lanterne s'impose comme l'un des témoignages les plus intacts de l'habitat bourgeois médiéval et Renaissance du Finistère. Rare survivante d'un type architectural autrefois répandu dans la cité, elle condense dans ses murs plusieurs siècles de savoir-faire artisanal et d'ambition sociale, offrant au visiteur un voyage intime dans la vie quotidienne des élites morlaisiennes. Ce qui distingue véritablement cet édifice, c'est sa composition tripartite, véritable singularité typologique : un corps de logis sur rue à façade en encorbellement richement sculptée, une cour intérieure couverte en partie d'une toiture vitrée — la « lanterne » qui donne son nom à la maison — et un bâtiment de fond accessible par des passerelles en bois appelées « ponts d'allée ». Ce dispositif, à mi-chemin entre l'hôtel particulier et la maison de cour, révèle l'ingéniosité des maîtres-charpentiers bretons face aux contraintes de parcelles étroites et allongées des villes médiévales. L'expérience de visite est celle d'un dévoilement progressif. La façade sur rue capte d'emblée le regard par ses montants sculptés de colonnettes et ses niches habitées de statuettes pieuses. Puis la cour intérieure révèle sa lumière filtrée et, au centre du dispositif, l'escalier à vis en bois — chef-d'œuvre de charpenterie — dont la vis d'un seul tenant monte vers les étages avec une légèreté confondante. Les galeries en bois qui courent autour de la cour renforcent cette atmosphère de théâtre domestique suspendu hors du temps. Le cadre morlaisien amplifie le charme du lieu. La ville, traversée par son célèbre viaduc et creusée de ruelles pavées, offre à la maison à lanterne un écrin cohérent, où d'autres demeures à pans de bois dessinent encore la silhouette d'un centre médiéval préservé. Visiter cette maison, c'est comprendre en un seul lieu les ressorts économiques, artistiques et religieux d'une Bretagne commerçante au sommet de sa puissance.
La maison à lanterne repose sur un principe de composition tripartite qui la distingue radicalement de la maison urbaine ordinaire. Le bâtiment sur rue présente une façade en encorbellement caractéristique, où les étages successifs en pan de bois débordent progressivement sur la rue, technique qui permet d'agrandir la surface habitable tout en créant cet effet de surplomb si typique des rues morlaisiennes. Le rez-de-chaussée, en granit du Léon, assure l'assise de l'ensemble et abritait traditionnellement les activités commerciales ou artisanales du maître de maison. Les montants verticaux en bois sont ornés de colonnettes finement tournées, et les sablières — pièces horizontales de charpente — sont moulurées selon un répertoire gothi-Renaissance d'une grande élégance. Des niches accueillent un programme iconographique pieux et professionnel : la Vierge et l'Ange de l'Annonciation, saint Jacques, saint Laurent, saint Nicolas et sainte Barbe, saints protecteurs des voyageurs, des marchands et des marins. L'élément le plus spectaculaire demeure l'escalier à vis en bois, placé au cœur de la cour intérieure et entièrement ouvert sur celle-ci. Son noyau est taillé d'une seule pièce de bois — prouesse technique qui témoigne de la maîtrise exceptionnelle des charpentiers bretons de la période. Les rampes à panneaux sont décorées de motifs en serviette, et les poteaux de liaison avec les galeries sont sculptés de personnages et d'entrelacs. L'escalier s'achève par une statuette de saint Jean l'Évangéliste, rappel du caractère profondément christianisé de cet espace domestique. La « lanterne » proprement dite est la toiture partiellement vitrée qui surplombe la cour intérieure, inondant de lumière diffuse cet espace de transition entre les deux corps de bâtiment, reliés par les passerelles de bois — les « ponts d'allée » — qui constituent une autre singularité fonctionnelle et esthétique de ce type morlaisien.
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