Maison dénommée Maladrerie ou Maison des Anglais
Vestige médiéval énigmatique aux portes de Périgueux, la Maladrerie de Coulounieix-Chamiers conjugue architecture romane du XIIe siècle et sobriété gothique du XIVe, témoignant d'une vocation charitable pluriséculaire.
History
Aux confins de l'agglomération périgourdine, sur les hauteurs douces qui dominent l'Isle, la Maison dénommée Maladrerie — parfois appelée Maison des Anglais — s'impose comme l'un des rares témoins architecturaux de la médecine et de la charité médiévales en Dordogne. Classée Monument Historique dès 1907, elle appartient à cette catégorie d'édifices trop souvent oubliés, qui n'en sont pas moins essentiels à la compréhension de la société médiévale dans sa dimension la plus humaine. Ce qui rend ce monument véritablement singulier, c'est la superposition lisible de deux grandes phases de construction : un noyau roman du XIIe siècle, aux murs épais et aux ouvertures resserrées caractéristiques du Périgord, auquel s'ajoutent des éléments gothiques du XIVe siècle, époque de recomposition sociale et sanitaire dans le sillage de la guerre de Cent Ans et des grandes épidémies. Cette stratification architecturale en fait un document en pierre, aussi précieux qu'un cartulaire. La dénomination « Maison des Anglais » rappelle la longue présence plantagenêt en Guyenne : le Périgord fut un territoire disputé entre couronnes française et anglaise pendant plus d'un siècle, et de nombreux bâtiments portent encore dans leur toponymie locale la marque de cette occupation. Que l'édifice ait servi de cantonnement, de lieu de collecte ou simplement d'amer dans la mémoire populaire, cette désignation double ajoute à son mystère. L'expérience de visite est intimiste et contemplative. Point d'esplanades grandioses ni de décors tapageurs : ici, le visiteur entre en contact direct avec la pierre calcaire, légèrement dorée, typique du bassin de la Dordogne, et avec l'austérité assumée des bâtisseurs médiévaux. La végétation environnante, les abords semi-ruraux de Coulounieix-Chamiers et la relative discrétion du site font de cette halte une parenthèse hors du temps, idéale pour les passionnés d'histoire locale et d'architecture médiévale. Dans le contexte plus large du patrimoine périgourdin, la Maladrerie s'inscrit dans un réseau dense de monuments civils et religieux qui témoignent de la richesse médiévale du Périgord Blanc. Entre Périgueux et ses vestiges gallo-romains et ses cathédrales romanes, et les forteresses cadurcéennes de la vallée de la Vézère, ce modeste édifice offre un regard différent et complémentaire sur le Moyen Âge vécu, dans sa réalité quotidienne la plus concrète.
Architecture
L'édifice présente les caractéristiques typiques de l'architecture civile et charitable du Périgord médiéval, avec une construction en calcaire taillé du Bassin aquitain, matériau local par excellence, aux reflets dorés ou blonds selon l'exposition lumineuse. Les murs porteurs, d'une épaisseur notable, témoignent des techniques de construction romanes du XIIe siècle : appareillage régulier, chaînages d'angle soignés et ouvertures étroites ménagées pour l'aération tout en préservant la chaleur intérieure, essentielle au confort des malades. Les ajouts du XIVe siècle se reconnaissent à quelques éléments gothiques discrets, caractéristiques du gothique méridional : croisées d'ogives simplifiées, moulures en chanfrein sur les encadrements des ouvertures, et peut-être quelques arcatures aveugles témoignant du goût de la période pour la décoration rythmée des façades. La toiture, à pente adaptée aux précipitations périgourdines, est vraisemblablement en tuiles canal ou en lauzes calcaires, matériaux traditionnels du Périgord Blanc. Le plan général suit le modèle des maladreries médiévales : un corps de logis principal destiné aux malades, complété par des dépendances pour le personnel soignant ou religieux, organisés autour d'un espace de circulation central.


