Sanctuaire intime d'un maître nabi, cette maison bretonne recèle une frise peinte de 17 mètres aux symboles cosmiques et zodiacaux, chef-d'œuvre secret de Paul Sérusier au cœur du Finistère.
Au cœur de Châteauneuf-du-Faou, bourgade accrochée aux méandres de l'Aulne dans le Finistère intérieur, se dresse une demeure discrète dont l'apparence villageoise ne laisse rien présager de l'extraordinaire trésor qu'elle abrite. La Maison de Sérusier est avant tout un acte de foi pictural : celle d'un peintre qui, au faîte de sa maturité artistique, décida de transformer sa propre maison en manifeste vivant de ses convictions esthétiques et spirituelles. Ce qui rend ce lieu absolument unique en France, c'est la frise monumentale que Paul Sérusier peignit directement sur le plâtre en 1912, courant sur 17 mètres dans le couloir du premier étage et la cage d'escalier. Vingt-six panneaux carrés se succèdent, entrecoupés de bandes géométriques rigoureuses, déployant un programme iconographique d'une ambition rare : les douze signes du Zodiaque côtoient le soleil, des représentations planétaires, des motifs religieux et de sobres natures mortes. L'ensemble forme une cosmogonie personnelle, une sorte de traité peint sur les lois universelles régissant la beauté et l'harmonie. L'expérience de visite est celle d'une découverte intime et presque confidentielle. On pénètre dans l'espace privé d'un artiste qui refusait de séparer sa vie de son œuvre. Deux cheminées à décor figuratif, toujours en place, prolongent la méditation picturale dans les pièces de vie. Si les toiles qui ornaient les chambres ont depuis rejoint les collections de musées et de collectionneurs, leur absence même confère aux murs nus une présence mélancolique et poétique. Le cadre renforce l'enchantement : Châteauneuf-du-Faou est l'une des perles cachées de la Bretagne profonde, un territoire de landes, de forêts et de rivières que Sérusier aimait à peindre sous des lumières d'or et d'ardoise. Pour l'amateur d'art post-impressionniste et symboliste, cette maison constitue un pèlerinage indispensable, un point de convergence entre l'histoire des avant-gardes parisiennes et la Bretagne éternelle.
La Maison de Sérusier s'inscrit dans la tradition de l'architecture villageoise bretonne du XIXe siècle, sobre et fonctionnelle, sans recherche ornementale particulière sur ses façades extérieures. Grande demeure à l'implantation caractéristique des constructions bourgeoises de la région, elle se distingue par son volume simple, ses murs en maçonnerie enduite et sa toiture à pente marquée typique du Finistère, qui protège efficacement des intempéries de la Bretagne intérieure. Rien dans son apparence extérieure ne trahit la richesse du trésor qu'elle abrite. C'est à l'intérieur que réside toute la singularité architecturale de l'édifice. La cage d'escalier et le couloir du premier étage constituent le cœur de l'œuvre, transformés par Sérusier en une galerie de peinture murale d'une cohérence et d'une ambition rares. La frise court sur 17 mètres de longueur et un mètre de hauteur, découpée en 26 panneaux carrés à décor figuratif que séparent et relient des bandes à motifs géométriques. Ce rythme savant, où l'image narrative alterne avec l'ornement abstrait, révèle l'influence des théories de Beuron sur la proportion mathématique appliquée aux arts décoratifs. Deux cheminées à décor figuratif, intégrées aux pièces de réception, complètent le programme ornemental et témoignent de la volonté de Sérusier de faire de l'ensemble du logis une œuvre d'art totale, à mi-chemin entre la maison d'artiste et le sanctuaire symboliste.
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Châteauneuf-du-Faou
Bretagne