
Maison de la Chancellerie
Au cœur de Blois, la Maison de la Chancellerie abrite une charpente Renaissance dite « à la Philibert Delorme », chef-d'œuvre d'ingéniosité où des planches assemblées par clavettes défient les siècles sans une seule poutre maîtresse.

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History
Nichée dans le tissu urbain de Blois, ville royale par excellence, la Maison de la Chancellerie est l'un de ces édifices discrets qui recèlent, derrière une façade sobre du XVIe siècle, des trésors architecturaux d'une rare subtilité. Son nom même évoque la mémoire d'une institution disparue : la chancellerie du Présidial, juridiction royale dont elle fut le siège administratif, le lieu où sceaux et sentences donnaient force de loi aux actes de justice rendus en ce territoire ligérien. Ce qui distingue véritablement cette maison de l'abondant patrimoine Renaissance de Blois, c'est sa charpente. Construite selon le principe dit « à la Philibert Delorme » — du nom du grand architecte lyonnais qui théorisa cette technique révolutionnaire au XVIe siècle —, elle est entièrement composée de planches de bois de faible section, assemblées entre elles par des clavettes en bois. Ce système ingénieux permet de couvrir de grandes portées sans recourir à de longues pièces de chêne, ressource forestière rare et coûteuse à l'époque. Résultat : une voûte légère, élégante, presque paradoxale dans sa solidité apparente. L'édifice porte également la marque symbolique de sa vocation judiciaire. Au-dessus de son portail, une sculpture représentait jadis la Justice dans toute sa majesté allégorique : le glaive d'un côté, la balance de l'autre, rappelant aux plaideurs et aux officiers royaux que c'est ici que s'exerçait le pouvoir de sceller les destins. Cette iconographie aujourd'hui en partie disparue n'en demeure pas moins un témoignage précieux de la façon dont l'architecture civile du XVIe siècle parlait à ses contemporains. Visiter la Maison de la Chancellerie, c'est s'offrir une plongée dans la Blois de François Ier et de ses successeurs, loin des foules du château royal tout proche, dans l'intimité d'un bâtiment à taille humaine où l'histoire juridique et sociale de la Renaissance se lit pierre à pierre. Sa récente inscription au titre de Monument historique en 2023 consacre enfin la reconnaissance nationale d'un joyau trop longtemps méconnu. Le cadre blésois magnifie l'expérience : la ville, traversée par la Loire classée au patrimoine mondial de l'UNESCO, offre un écrin architectural cohérent où chaque rue révèle une nouvelle facette du génie Renaissance. La Maison de la Chancellerie s'inscrit pleinement dans cet ensemble, invitant le visiteur curieux à lever les yeux, pousser les portes et s'interroger sur les vies qu'ont abritées ces murs.
Architecture
La Maison de la Chancellerie s'inscrit dans la tradition de l'architecture civile Renaissance de la vallée de la Loire, caractérisée par l'alliance de la pierre de tuffeau locale — claire, facile à tailler, propice aux décors sculptés — et d'une sobre élégance formelle. La façade, organisée avec la retenue propre aux édifices institutionnels du XVIe siècle, porte au-dessus de son portail les vestiges d'un décor sculpté représentant la Justice, motif allégorique fréquent dans l'architecture judiciaire de la Renaissance française, hérité des modèles italiens diffusés par les guerres d'Italie. L'élément architectural le plus remarquable de l'édifice est sans conteste sa charpente intérieure, construite selon la technique dite « à la Philibert Delorme ». Ce système, décrit par l'architecte lyonnais dans son traité de 1561, consiste à assembler des planches de bois de section modeste — généralement du chêne ou du châtaignier — par rangées successives fixées à l'aide de clavettes en bois, formant ainsi une voûte en anse de panier ou en berceau d'une remarquable légèreté structurelle. La technique présente un double avantage : économique, car elle dispense du recours aux longues pièces de chêne massif alors rares et onéreuses ; et statique, car la multiplication des points d'assemblage répartit les charges de façon très efficace. Peu d'exemples aussi bien conservés de cette technique subsistent en France. L'ensemble de la propriété révèle une cohérence constructive propre aux bâtiments publics de la Renaissance provinciale : sobriété des volumes, fonctionnalité des espaces, mais souci constant d'affirmer par le décor sculpté la dignité institutionnelle du lieu. L'édifice constitue un témoignage précieux de l'architecture civile et judiciaire blésoise du XVIe siècle, période durant laquelle la ville se transforme profondément sous l'influence du chantier royal.


