
Maison de Jean Collet dite aussi "hôtel de Crémille"
Au cœur du Berry, cet hôtel particulier Renaissance arbore l'emblème d'Henri II et révèle, par ses ordres superposés et son escalier à rampes droites, la sophistication d'un bâtisseur provincial épris de théorie antique.

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History
Nichée dans la vieille ville de Châtillon-sur-Indre, la maison de Jean Collet — plus connue sous le nom d'hôtel de Crémille — est l'une des rares demeures de la Renaissance berrichonne à afficher une telle maîtrise de la grammaire architecturale classique. Inscrite aux Monuments Historiques en 2006, elle témoigne avec éloquence du rayonnement des idées humanistes jusque dans les bourgs de province, loin des grands chantiers royaux de la Loire. Ce qui frappe d'emblée, c'est l'ambition programmatique du commanditaire. Le corps de logis principal, articulé entre une courette sur rue et une basse-cour arrière, présente deux ordres superposés scandant ses façades avec une rigueur quasi académique. Pilastres, entablements et ornements classiques s'enchaînent avec une cohérence qui trahit la lecture assidue des traités d'architecture alors en vogue — Serlio, Vitruve, peut-être Philibert de l'Orme. Ce savoir livresque, transposé par un maître d'œuvre provincial, donne à l'édifice une saveur particulière : celle d'un humanisme de terroir, sincère et inventif. L'escalier constitue le joyau intérieur de l'ensemble. Logé dans un pavillon autonome en retour d'équerre sur la courette, il adopte la forme dite « rampe sur rampe » — une disposition droite et progressive, héritée des modèles italiens — et bénéficie d'un éclairage rare : une loggia ou cabinet vitré ouvre généreusement la façade sur la cour, inondant les volées de lumière naturelle. Détail éloquent, une clef de voûte porte l'emblème d'Henri II, croissant de lune entrelacé et chiffre royal, ancrant précisément la construction dans les années 1547-1559. Pour le visiteur, la maison offre une leçon d'architecture vivante : observer comment un artisan du milieu du XVIe siècle a digéré, adapté et parfois réinterprété les codes venus d'Italie, sans jamais perdre le fil d'une élégance sobre et provinciale. Le cadre paisible de Châtillon-sur-Indre, petite cité médiévale lovée dans le val de l'Indre, renforce le charme de cette découverte, loin des foules touristiques.
Architecture
L'hôtel de Crémille adopte un plan en L caractéristique de l'architecture civile de la Renaissance française : le corps de logis principal s'étend en profondeur entre une courette ouverte sur la rue et une basse-cour arrière, tandis qu'un pavillon en retour d'équerre abrite l'escalier. Cette disposition, qui sépare clairement les fonctions résidentielles des circulations verticales, témoigne d'une réflexion programmatique avancée pour une construction de province. Les façades constituent la pièce maîtresse de l'ensemble. Deux ordres classiques superposés — probablement dorique au rez-de-chaussée et ionique à l'étage, selon la hiérarchie vitruvienne — rythment les élévations par un jeu de pilastres, d'entablements et de fenêtres soigneusement encadrées. L'ornementation, sobre et précise, mobilise le répertoire classique en vogue au milieu du XVIe siècle : moulures en doucine, frises à motifs géométriques ou végétaux stylisés, encadrements à crossettes. La clef de voûte portant l'emblème d'Henri II — croissant de lune entrelacé — est l'élément décoratif le plus symboliquement chargé de l'édifice. L'escalier à rampe sur rampe, logé dans son pavillon autonome, est techniquement et esthétiquement remarquable. Cette solution, qui substitue des volées droites et successives à l'escalier à vis médiéval, traduit l'influence directe des modèles italiens relayés par les traités. La loggia ou cabinet qui éclaire la façade du pavillon sur la courette ajoute une note de raffinement supplémentaire : la lumière, maîtrisée et orientée, devient un matériau architectural à part entière. L'ensemble forme un témoignage cohérent et précieux de la réception provinciale du classicisme français sous les derniers Valois.


