Au cœur de Malestroit, cette maison à pans de bois datée de 1640 incarne l'élégance discrète de l'architecture civile bretonne du Grand Siècle, avec ses encorbellements sculptés et ses décors en pierre de taille.
Nichée dans les ruelles médiévales de Malestroit, l'une des plus belles cités de caractère du Morbihan, la maison datée de 1640 constitue un témoignage remarquable de l'architecture civile bretonne à la charnière entre la fin de la Renaissance et l'aube du classicisme français. Si la ville est célèbre pour ses maisons à colombages ornées de personnages grotesques et de scènes populaires, celle-ci se distingue par la sobriété raffinée de sa composition, typique du second quart du XVIIe siècle, une époque où le goût pour l'ornement exubérant laissait progressivement la place à une discipline formelle plus affirmée. La demeure se présente comme un condensé d'art de bâtir provincial : la structure en pans de bois repose sur un solin de granit breton, ce matériau omniprésent dans les constructions morbihannaises, tandis que les façades révèlent, à qui sait les lire, la prospérité d'un propriétaire issu de la bourgeoisie marchande ou des professions libérales qui animaient alors le bourg de Malestroit. La date inscrite en façade — 1640 — est une pratique courante dans la Bretagne de l'époque, signe d'un orgueil tranquille et d'une volonté d'ancrer la famille dans la pierre. L'intérêt patrimonial de ce bâtiment dépasse le simple cadre anecdotique : il participe d'un ensemble urbain exceptionnel qui fait de Malestroit l'un des ensembles médiévaux et de l'Ancien Régime les mieux préservés de Bretagne. Flanquée de ses voisines à décors sculptés du XVe et du XVIe siècle, la maison de 1640 illustre la continuité vivante d'une culture du bâti qui traverse les siècles sans rupture brutale. Pour le visiteur, la découverte de cette demeure s'inscrit idéalement dans une déambulation à pied dans le centre historique de Malestroit, dont les rues pavées longent le canal de Nantes à Brest et le cours de l'Oust. L'atmosphère y est celle d'une ville qui a su préserver son identité tout en restant habitée et vivante, loin du folklore figé de certains sites touristiques. Photographes et amateurs d'architecture trouveront ici une lumière bretonne changeante, particulièrement belle en fin de journée, qui sublime les textures du bois et de la pierre.
La maison datée de 1640 appartient au type de la demeure urbaine à pans de bois sur solin de granit, caractéristique de l'architecture civile bretonne des XVIe et XVIIe siècles. La structure portante en charpente de chêne est renforcée par des éléments de contreventement — écharpes et décharges — dont l'assemblage témoigne d'un savoir-faire charpentier maîtrisé. Les remplissages entre les poteaux sont constitués de torchis ou de maçonnerie légère, protégés en façade par un enduit traditionnel à la chaux. La façade sur rue présente un léger encorbellement aux niveaux supérieurs, procédé technique permettant de gagner de la surface habitable tout en créant un effet plastique de débordement progressif, caractéristique des constructions urbaines de la période. Les sablières — pièces de bois horizontales couronnant chaque niveau — peuvent être ornées de moulures simples ou de décors géométriques sobres, reflet du goût classicisant qui gagne la province au temps de Richelieu. Les fenêtres, à meneaux de pierre ou à petits-bois de bois, rythment la composition avec une régularité encore imprégnée de la tradition renaissante. La toiture, vraisemblablement couverte d'ardoise naturelle extraite des carrières d'Anjou ou du Morbihan — matériau de prédilection en Bretagne intérieure —, présente une forte pente adaptée au régime pluviométrique local. L'ensemble, compact et bien proportionné, illustre parfaitement ce moment de transition entre l'ornementalisme gothique tardif des maisons médiévales voisines et la sobriété assumée de l'architecture classique provinciale du Grand Siècle.
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Malestroit
Bretagne