Maison d'angle à tourelle
À l'angle d'une rue de Sainte-Foy-la-Grande, cette maison à tourelle du XVe siècle cache un secret royal : Henri IV lui-même aurait autorisé son propriétaire à l'élever en signe de gratitude. Une girouette en fer forgé couronne encore ce témoignage vivant de la Renaissance gasconne.
History
Au cœur de Sainte-Foy-la-Grande, bastide médiévale du Bordelais fondée au XIIIe siècle, se dresse discrètement l'une des demeures les plus singulières de la région : une maison d'angle à pans de bois dont la tourelle polygonale en encorbellement raconte, pierre et bois mêlés, une histoire intimement liée à la cour d'Henri IV. Inscrite aux Monuments Historiques depuis 1955, elle représente un exemple rare de l'architecture civile médiévale et Renaissance survivant dans cette ville qui fut longtemps un carrefour protestant du Sud-Ouest. Ce qui rend cette demeure véritablement unique, c'est l'entrelacement de deux époques lisibles à l'œil nu : un corps de logis du XVe siècle aux poutres apparentes, dont chaque étage déborde en saillie sur le précédent dans la plus pure tradition de la construction à colombages gasconne, et une tourelle du XVIe siècle ajoutée en récompense royale. Cette superposition est rare et précieuse : elle documente en un seul édifice la continuité architecturale entre le gothique finissant et la Renaissance naissante en Guyenne. La tourelle, coiffée de sa girouette en fer forgé — insigne d'honneur accordé par le roi lui-même —, constitue le clou de la visite. Elle est à la fois un élément décoratif d'une grande finesse et un symbole de distinction sociale : posséder une girouette, au XVIe siècle, était un privilège nobiliaire. Les croisillons de bois ornant les deux façades ajoutent à l'ensemble une richesse graphique qui tranche avec la sobriété habituelle de l'architecture bourgeoise locale. La maison se visite depuis la rue, dans la trame serrée du centre historique de Sainte-Foy-la-Grande, dont les ruelles conservent de nombreux vestiges de l'urbanisme médiéval. Le cadre est celui d'une bastide vivante, sans muséification excessive, ce qui donne à cette découverte un caractère authentique et presque intimiste. Le voyageur attentif saura lever les yeux pour saisir les détails de la charpente et la silhouette de la tourelle se découper sur le ciel du Bordelais.
Architecture
La maison présente une structure caractéristique de l'architecture civile médiévale du Sud-Ouest : un bâtiment à pans de bois dont les étages successifs sont mis en saillie les uns par rapport aux autres, procédé dit en encorbellement, chaque plancher reposant sur les poutres de l'étage inférieur dépassant en façade. Ce système, à la fois structurel et esthétique, confère à l'édifice sa silhouette reconnaissable, s'évasant légèrement vers le haut. Les deux façades visibles depuis la rue sont ornées de croisillons de bois, motif décoratif courant dans la charpenterie gothique tardive et Renaissance du Bordelais, qui rythment les remplissages de torchis ou de maçonnerie entre les poutres. L'élément le plus remarquable demeure la tourelle d'angle, ajoutée au XVIe siècle lors de la récompense royale. De forme polygonale, elle était à l'origine entièrement en encorbellement — c'est-à-dire dégagée du sol, portée par les seules poutres et encorbellements de la charpente — mais sa base est aujourd'hui noyée dans une maçonnerie postérieure qui en masque partiellement la prouesse technique originelle. La girouette en fer forgé qui la couronne, forgée selon les techniques artisanales de la fin du XVIe siècle, est remarquablement bien conservée et constitue en elle-même un objet de ferronnerie d'art rare. L'intérieur du bâtiment, fidèle à l'organisation des maisons bourgeoises de la bastide, devait s'articuler autour d'une grande salle basse servant de lieu de commerce ou de réception, les étages étant réservés à l'habitat. Les poutres apparentes du plafond, visibles depuis la façade, suggèrent une charpente de qualité, typique des commanditaires aisés que pouvaient être les consuls d'une ville prospère comme Sainte-Foy-la-Grande au tournant des XVe et XVIe siècles.


