Au cœur du vieux Auray, cette maison ancienne classée depuis 1935 incarne l'âme architecturale de la Bretagne médiévale, avec ses colombages, ses encorbellements et ses pierres taillées que les siècles n'ont pas entamées.
Nichée dans le quartier historique de Saint-Goustan à Auray, l'une des cités médiévales les mieux préservées du Morbihan, cette maison ancienne offre un témoignage rare et précieux de l'architecture civile bretonne des siècles passés. Inscrite aux Monuments Historiques dès 1935, elle fait partie de ce patrimoine discret mais fondamental qui donne à Auray son caractère si particulier, à mi-chemin entre ville de négoce et bourg de pèlerinage. Ce qui distingue cette demeure des constructions ordinaires, c'est sa capacité à concentrer en un seul édifice plusieurs générations de savoir-faire artisanal breton : la taille de la pierre de granite local, la mise en œuvre soignée des encorbellements qui avancent sur la rue étroite, et les détails sculptés qui trahissent la prospérité de ses anciens propriétaires. Les façades, où la pierre grise dialogue avec d'éventuels pans de bois, racontent une histoire que les archives ne consignent qu'imparfaitement. Visiter cette maison, c'est plonger dans le quotidien des marchands et artisans qui firent la fortune d'Auray aux XVe et XVIe siècles. La ville était alors un port actif, point de départ des pèlerins vers Sainte-Anne-d'Auray, et carrefour commercial entre la presqu'île de Rhuys, Belle-Île et le continent. Ces maisons bourgeoises alignées le long des ruelles pavées formaient le décor vivant de cette prospérité. Le cadre immédiat renforce l'expérience : les rues médiévales d'Auray, le port de Saint-Goustan avec ses maisons à colombages dont certaines accueillirent Benjamin Franklin, et la rivière du Loc'h qui miroite en contrebas, créent un ensemble patrimonial d'une cohérence rare en France. Cette maison s'apprécie d'autant mieux dans ce contexte d'ensemble, en prenant le temps de lever les yeux vers les détails de façade que la vie quotidienne nous fait trop souvent oublier.
La maison s'inscrit dans la tradition de l'architecture civile bretonne médiévale et post-médiévale, caractérisée par l'usage prédominant du granite local, matériau dur et pérenne qui confère aux édifices morbihannais leur aspect massif et austère, tempéré par la précision des appareillages et des détails sculptés. Les façades sur rue, relativement étroites selon l'usage des parcelles urbaines médiévales, compensent cette contrainte par une verticalité affirmée et un jeu d'encorbellements qui projettent les étages supérieurs au-dessus de la voie publique, technique à la fois fonctionnelle — pour gagner de l'espace habitable — et ostentatoire. Les ouvertures méritent une attention particulière : fenêtres à meneaux de pierre, linteaux droits ou en accolade légèrement ornés, éventuels décors en accolade ou fleurons caractéristiques du gothique flamboyant breton. Les angles peuvent être renforcés par des chaînes de pierre saillantes, et les toitures, probablement couvertes d'ardoise naturelle d'Anjou ou de Bretagne, s'achèvent en pente prononcée pour faire face aux précipitations bretonnes. L'organisation intérieure obéissait au plan type des maisons de négoce : un rez-de-chaussée dévolu au commerce ou à l'artisanat, accessible depuis la rue par une large porte, et des étages réservés au logement familial, desservis par un escalier de bois ou de pierre logé dans l'épaisseur du mur ou dans une tourelle en saillie. Cette combinaison de fonctions — commerce, stockage, habitat — est l'une des signatures distinctives de l'architecture urbaine bretonne de la fin du Moyen Âge.
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