Maison ancienne dite Maison des Dames de la Foi ou ancien hôtel Arnaud de Laborie
Joyau roman du vieux Périgueux, cette demeure du XIIe siècle abrite de rares peintures murales médiévales à iconographie néotestamentaire, témoignage exceptionnel d'un art mural périgordin presque disparu.
History
Au cœur de Périgueux, là où la rue médiévale a recouvert l'antique voie romaine, se dresse discrètement l'une des maisons romanes les mieux conservées du Périgord. La Maison des Dames de la Foi — que les érudits connaissent aussi sous le nom d'hôtel Arnaud de Laborie — frappe d'emblée par la sobriété de sa façade : un appareil de pierre calcaire soigneusement taillé, des baies en plein cintre aux moulures fines, et cette densité silencieuse propre aux édifices qui ont traversé huit siècles sans se vanter. Ce qui rend ce monument véritablement unique, c'est la superposition vertigineuse des usages qu'il a abrités : maison du Temple au sortir de l'époque romane, hôtel particulier aristocratique, couvent de religieuses enseignantes, puis immeuble de rapport découpé en logements ouvriers. Chaque strate a laissé ses traces, lisibles pour qui sait regarder les murs. L'expérience de visite est celle de la proximité intime avec la matière médiévale. Les peintures murales découvertes en 1996 lors d'une étude archéologique du bâti constituent un choc esthétique et intellectuel : des scènes du Nouveau Testament exécutées à la fin du XIIIe ou au début du XIVe siècle, aux couleurs étonnamment préservées, enveloppent le premier étage primitif d'une présence quasi liturgique. On est loin du château spectaculaire ; on est dans l'intimité d'une civilisation. Le cadre renforce l'émotion : Périgueux, cité épiscopale riche de son héritage gallo-romain et médiéval, offre à cette maison un environnement patrimonial cohérent, entre la cathédrale Saint-Front aux coupoles byzantines et les venelles du quartier Saint-Front classé. La Maison des Dames de la Foi s'y inscrit comme un fragment précieux d'un tissu urbain qui remonte à l'Antiquité.
Architecture
La Maison des Dames de la Foi est une maison romane de plan trapézoïdal — forme dictée par les contraintes parcellaires de la rue médiévale — dont les quatre murs porteurs en pierre calcaire du Périgord ont traversé les siècles dans un état de conservation remarquable. La distribution primitive comprend deux niveaux superposés, le rez-de-chaussée probablement dévolu aux activités commerciales ou de gestion, et le premier étage noble accueillant les espaces de vie ou de représentation. L'élévation extérieure présente le vocabulaire caractéristique de l'architecture civile romane du Périgord : baies en plein cintre aux claveaux soigneusement appareillés, moulures prismatiques, et un traitement de surface sobre où la qualité de la taille de la pierre fait office d'ornement. Au XVIe siècle, l'adjonction d'un étage supplémentaire et d'un mur de refend interne modifie la silhouette et la distribution intérieure sans compromettre l'intégrité de la structure romane. Cette intervention illustre la plasticité des maisons médiévales périgourdines, capables d'absorber les évolutions programmatiques de chaque siècle. Le trésor caché de l'édifice réside dans ses peintures murales découvertes en 1996 au premier étage primitif. Datables de la fin du XIIIe ou du début du XIVe siècle, ces décors peints s'inspirent du répertoire iconographique du Nouveau Testament — scènes de la vie du Christ, figures d'apôtres, peut-être des épisodes hagiographiques — traités dans une palette aux ocres, rouges et bleus typiques de l'art roman tardif et gothique primitif du Sud-Ouest. Leur présence dans une demeure civile, et non dans un édifice religieux, constitue une rareté documentaire et artistique de premier ordre pour la connaissance de la culture visuelle périgourdine médiévale.


