Maison à empilage de planches de Jouandis
Rarissime maison à empilage de planches du XIVe siècle, lovée au cœur du Périgord Noir. Un témoin exceptionnel de l'architecture rurale médiévale en bois, classé Monument Historique pour son unicité ethnologique.
History
Au cœur de la Dordogne, dans le paisible village de Sainte-Sabine-Born, se dresse l'une des constructions rurales les plus rares et les plus précieuses de France : la maison à empilage de planches de Jouandis. Classée Monument Historique en 1996, elle appartient à une famille de bâtisses campagnardes dont il ne subsiste aujourd'hui qu'une infime poignée d'exemplaires sur tout le territoire national, faisant d'elle bien plus qu'un simple logis — un document architectural vivant. Ce qui frappe d'emblée, c'est la cohérence absolue d'un système constructif que les bâtisseurs médiévaux du Périgord avaient porté à une forme de perfection artisanale. Les parois ne sont ni en pierre, ni en torchis, ni en colombages classiques : elles sont constituées de planches de bois épaisses, soigneusement empilées et imbriquées les unes dans les autres par un ingénieux système de rainure et languette, offrant un mur dense, isolant et étonnamment solide. Cette technique, héritière d'un savoir-faire forestier ancestral, dialogue avec les traditions constructives des régions d'Europe du Nord, tout en revêtant ici une identité profondément périgourdine. L'expérience de visite est celle d'un voyage dans le temps à échelle humaine. Pas de grande salle de réception ni de décor seigneurial : on se retrouve face à l'habitat du paysan médiéval dans toute son honnêteté, avec ses deux pièces séparées par une cloison en pans de bois et torchis, son soubassement de maçonnerie locale, ses poteaux corniers posés à même la pierre. La maison raconte une vie frugale mais ingénieuse, adaptée au bois disponible dans les forêts de chênes du Périgord. Le cadre renforce la qualité de l'immersion. Sainte-Sabine-Born est un bourg tranquille du Périgord Noir, aux paysages de causses et de vallées douces, à quelques lieues de Bergerac et des vignobles de Monbazillac. La maison de Jouandis s'y inscrit comme une anomalie merveilleuse dans le paysage bâti local, rappelant que les campagnes françaises recèlent parfois, derrière leurs apparences modestes, de véritables trésors de l'histoire des techniques.
Architecture
La maison de Jouandis illustre avec une remarquable pureté le système constructif dit à empilage de planches, ou « blockbau » dans sa déclinaison méridionale française. L'édifice, de plan rectangulaire simple, repose sur un soubassement maçonné en pierre calcaire locale qui l'isole de l'humidité du sol — précaution indispensable pour préserver la structure en bois. Au-dessus de ce socle, les parois sont entièrement constituées de planches de bois massif, débitées à l'épaisseur et soigneusement assemblées par un système de rainure et languette : chaque planche s'emboîte dans la suivante avec une précision qui supprime tout interstice et garantit l'étanchéité à l'air. Aux angles, des poteaux corniers reçoivent les extrémités des planches, assurant la stabilité de l'ensemble. Des poteaux d'huisserie encadrent les ouvertures, montés sur une sablière basse et reliés en tête à une sablière haute par un assemblage à tenon et mortaise, système caractéristique de la charpenterie médiévale de qualité. À l'intérieur, l'espace est divisé en deux pièces par une cloison en pans de bois et torchis, technique complémentaire de la construction à empilage, qui recourt au remplissage de terre argileuse entre un réseau de pièces de bois croisées. Cette juxtaposition de deux techniques constructives différentes — l'empilage pour les murs porteurs extérieurs, le torchis pour la partition intérieure — révèle la maîtrise et la pragmatisme des bâtisseurs. La couverture originelle, probablement en lauzes de calcaire ou en tuiles plates selon la tradition périgourdine, couronnait l'ensemble d'une toiture à faible ou moyenne pente adaptée au climat local. L'édifice se distingue ainsi comme un exemple intègre et non remanié d'une architecture du quotidien, d'une honnêteté formelle qui constitue aujourd'hui sa plus grande richesse patrimoniale.


