Niché en Ille-et-Vilaine, le Château du Logis déploie ses corps de logis des XVIe et XVIIe siècles autour de deux cours seigneuriales, couronné d'un remarquable colombier à trois mille niches et d'une échelle tournante unique.
Au cœur du bocage breton de la Chapelle-aux-Filtzméens, le Château du Logis se dresse avec la discrétion aristocratique propre aux grandes demeures rurales d'Ille-et-Vilaine. Loin de la démesure des châteaux de la Loire, il incarne ce modèle seigneurial breton où l'architecture parle d'utilité autant que de prestige : deux cours rectangulaires imbriquées, des communs ordonnés, un pigeonnier monumental et des douves précédées d'une haie de buis taillée comme un écrin végétal. Ce qui rend ce domaine véritablement singulier, c'est la cohérence de son ensemble bâti. Le château proprement dit, édifié au XVIIe siècle avec un pavillon conservé du siècle précédent, dialogue en harmonie avec ses dépendances agricoles regroupées au nord. L'intérieur réserve une surprise de taille : des boiseries d'une facture Louis XV d'une grande élégance, témoignant d'un remaniement opéré vers 1750 qui transforma les appartements en espaces raffinés dignes des grandes familles de la noblesse bretonne. Mais c'est sans doute le colombier qui s'impose comme la pièce maîtresse du domaine. Conservé dans son état du XVIIe siècle, il abrite pas moins de trois mille niches soigneusement maçonnées, desservies par une échelle tournante encore en place — dispositif rare qui permet d'atteindre chaque alvéole. Dans la France d'Ancien Régime, posséder un tel colombier signifiait rang, puissance et fortune : seuls les seigneurs les plus importants en avaient le privilège. Le cadre environnant ajoute à la magie du lieu. La haie de buis centenaire qui précède les douves dessine une frontière végétale entre le monde ordinaire et l'espace seigneurial, tandis que les bâtiments de ferme au nord rappellent que ce château fut avant tout un domaine vivant, ancré dans les réalités économiques de la Bretagne rurale. Inscrit aux Monuments Historiques en 2013, le Château du Logis représente un patrimoine préservé, loin des foules touristiques, que les amateurs d'authenticité sauront apprécier.
Le Château du Logis s'organise selon un plan à double cour, dispositif caractéristique des grandes exploitations seigneuriales bretonnes. La cour principale, à caractère résidentiel, regroupe le logis seigneurial proprement dit — un édifice sobre aux lignes régulières hérité du XVIIe siècle — flanqué du pavillon du XVIe siècle aux ouvertures plus moulurées. Les façades en pierre locale, probablement en granit ou en schiste selon les traditions constructives du bassin de Dol, conferent à l'ensemble cette austérité lumineuse si caractéristique de l'architecture civile bretonne. La cour nord, à vocation agricole, rassemble les bâtiments de ferme dans une logique fonctionnelle qui rappelle que le château fut d'abord un centre d'exploitation rural. Le colombier constitue l'élément architectural le plus spectaculaire du domaine. Bâtiment cylindrique ou carré selon la tradition bretonne du XVIIe siècle, il conserve intactes ses trois mille niches intérieures disposées en rangées concentriques, ainsi que son échelle tournante pivotante — meule montée sur axe central permettant d'accéder à chaque case sans déplacer une échelle fixe. Ce type d'équipement est rarissime dans son état de conservation. À l'intérieur du logis, les boiseries réalisées vers 1750 forment l'autre temps fort architectural. De style Louis XV, elles déclinent lambris à hauteur d'appui, trumeaux peints ou sculptés et encadrements de cheminées aux courbes caractéristiques du rococo provincial breton. La haie de buis taillée qui précède les douves et le pigeonnier participe quant à elle à la composition paysagère de l'ensemble, reliant les volumes bâtis par un dialogue subtil entre architecture et nature domestiquée.
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La Chapelle-aux-Filtzméens
Bretagne