
Château des Lions
Première baronnie de Touraine, le Château des Lions dresse ses silhouettes médiévales au cœur de Preuilly-sur-Claise. Une forteresse aux siècles de résilience, liée à Charles VII et à l'ombre secrète d'Agnès Sorel.

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History
Perché dans la douceur du bocage tourangeau, le Château des Lions est bien plus qu'une ruine romantique : c'est la mémoire vive de la première baronnie de Touraine, titre qui en faisait l'une des seigneuries les plus prestigieuses du royaume de France. Le domaine dégage une austérité noble et touchante, celle des édifices qui ont survécu aux guerres, aux abandons et aux siècles, et qui conservent malgré tout leur dignité architecturale. Ce qui rend ce monument singulier, c'est l'entrelacement rare de stratégie militaire et de destin royal. La forteresse fut le théâtre de sièges acharnés durant la guerre de Cent Ans, avant d'être restaurée par un homme de confiance du roi Charles VII, Pierre Frottier, à qui fut confiée l'éducation de Jeanne, fille illégitime du souverain et d'Agnès Sorel. Ce lien avec la favorite royale, figure emblématique de la cour de France, confère au château une dimension romanesque que peu d'édifices ruraux peuvent revendiquer. La visite se laisse appréhender comme une promenade dans le temps, depuis la porte féodale en plein cintre jusqu'à la tour ronde dont le rez-de-chaussée servait de geôle. Le mur d'enceinte, encore partiellement debout, évoque l'échelle impressionnante qu'avait autrefois cette forteresse baroniale. Pour le visiteur attentif, chaque appareil de pierre raconte un siège, une reconstruction, un abandon. Le cadre naturel renforce cette atmosphère mélancolique et grandiose. Preuilly-sur-Claise, petite cité tourangelle baignée par la Claise, offre un écrin verdoyant qui contraste avec la rudesse des murs médiévaux. Photographes et passionnés d'histoire médiévale y trouveront une matière inépuisable, loin des foules des châteaux de la Loire plus médiatisés.
Architecture
Le Château des Lions témoigne d'une architecture militaire médiévale typique des XIVe et XVe siècles, où l'impératif défensif prime sur tout souci esthétique. L'ensemble conserve plusieurs éléments caractéristiques des forteresses baroniales de la Touraine méridionale : un mur d'enceinte qui encercle encore le domaine dans sa quasi-totalité, rappelant les dimensions imposantes qu'occupait jadis la forteresse au sein du bourg de Preuilly. L'entrée méridionale constitue le morceau d'architecture le plus remarquable encore debout. Une porte féodale en berceau — voûte en plein cintre d'inspiration romane tardive — est flanquée d'une tour ronde aux murs épais, disposition classique des châteaux-forts médiévaux destinée à couvrir latéralement l'accès principal. À cette tour s'adosse un petit logis couvert en pavillon, dont le volume plus modeste mais la toiture en pyramide suggèrent une construction ou un remaniement du XVe siècle, peut-être lors des travaux conduits sous Pierre Frottier. Le rez-de-chaussée de la tour ronde, bas de plafond et faiblement éclairé, était traditionnellement dévolu à la fonction carcérale, pratique courante dans les forteresses seigneuriales. Les matériaux employés sont ceux du terroir : pierre de taille locale aux teintes calcaires chaudes, vraisemblablement extraite des carrières de la vallée de la Claise. L'ensemble architectural, bien que partiel, dégage une cohérence stylistique qui évoque les grandes forteresses rurales de la Loire moyenne, à mi-chemin entre l'austérité des donjons romans et les premières concessions décoratives du gothique flamboyant.


