Château de Lienesse
Aux confins du Berry, le château de Lienesse dévoile une galerie Renaissance aux colonnettes torses et un colombier orné de sculptures animalières d'une rare finesse, témoins d'un art de vivre seigneurial du XVIe siècle.
History
Niché dans les douces collines du Cher, à Neuilly-en-Dun, le château de Lienesse est l'un de ces joyaux discrets du Berry que les guides grand public ignorent encore. Il se compose d'un ensemble hétérogène et attachant, fruit de trois campagnes de construction étalées sur plusieurs siècles, qui forment aujourd'hui une silhouette harmonieuse mêlant austérité médiévale et fantaisie Renaissance. Ce qui distingue Lienesse de la multitude des petits châteaux berrichons, c'est d'abord sa galerie du logis occidental : au premier étage, trois travées rectangulaires scandées par quatre colonnettes prismatiques et torses portent des chapiteaux carrés d'une élégance sobre, révélant une main d'œuvre habituée aux chantiers de la Loire toute proche. Cette architecture de transition, où la rigueur gothique flirte avec l'ornement italien, donne au château une identité stylistique singulière. Mais la pièce maîtresse du domaine est sans conteste son colombier circulaire. Rarement un édifice aussi fonctionnel aura été paré avec autant de soin : deux rangs de cordons couronnent la tour, portant des fenêtres encadrées de pilastres aux chapiteaux variés, où volutes, animaux fantastiques et rinceaux végétaux se succèdent comme un bestiaire de pierre figé dans la lumière dorée du Berry. À l'intérieur, les alvéoles en poterie et l'échelle tournante d'origine complètent ce témoignage rare d'une vie agricole et seigneuriale préservée. La restauration conduite à la fin du XIXe siècle sous la direction de l'architecte Camus a consolidé l'ensemble sans effacer ses aspérités historiques, laissant au château ce caractère vieilli et authentique qui séduit les amateurs de patrimoine non aseptisé. Inscrit aux Monuments Historiques depuis 1971, Lienesse demeure un lieu de contemplation idéal pour qui cherche à s'écarter des circuits touristiques balisés et à ressentir le silence particulier des grandes terres berrichonnes.
Architecture
Le château de Lienesse présente une architecture composite, fruit de l'addition raisonnée de trois phases de construction. Le corps de logis médiéval de la fin du XVe siècle, reconnaissable à ses tours d'angles et à sa tour-escalier centrale, définit le noyau primitif de l'ensemble. À ce socle défensif répond le logis Renaissance du début du XVIe siècle, accolé au pignon sud, dont la façade trahit l'influence des ateliers ligériens par la qualité de ses sculptures et la sophistication de ses ornements. L'élément le plus spectaculaire côté cour est la galerie du logis ouest : au premier étage, trois travées s'ouvrent sur l'extérieur grâce à des colonnettes à la fois prismatiques et torses, surmontées de chapiteaux carrés. Ce dispositif, mi-gothique par sa rigueur constructive, mi-Renaissance par sa fantaisie ornementale, constitue une rare illustration du style de transition dans l'architecture civile berrichonne. Les tourelles flanquant le logis au nord et au sud parachèvent la composition. Le colombier circulaire constitue la pièce architecturale la plus aboutie du domaine. Sa partie supérieure est couronnée de deux rangs de cordons portant des fenêtres encadrées de pilastres aux chapiteaux d'une inventivité remarquable : volutes classiques, animaux fantastiques et rinceaux végétaux s'y succèdent dans un répertoire ornemental typique du premier maniérisme français. À l'intérieur, les alvéoles en poterie, disposées en nids de pigeons selon la tradition seigneuriale, et surtout l'échelle tournante d'origine — pièce d'équipement rarissime encore en place — font de ce colombier un document exceptionnel sur la vie agricole de la Renaissance.


