
Prieuré de Lavaré
Fondé vers 1100 et légué à Marmoutier, le prieuré de Lavaré dissimule entre Fondettes et La Membrolle une grange médiévale spectaculaire, cousine de celle de Meslay, et un logis prieural flanqué de sa tourelle d'escalier.

© Wikimedia Commons
History
Niché dans la verdure entre Fondettes et La Membrolle-sur-Choisille, le prieuré de Lavaré appartient à cette catégorie de monuments discrets qui réservent au visiteur attentif des surprises architecturales de premier ordre. Loin de l'agitation touristique de la Loire toute proche, l'ensemble conserve une atmosphère de recueillement et d'isolement que neuf siècles d'histoire n'ont pas entamée. Ce qui distingue Lavaré entre tous les prieurés tourangeaux, c'est la remarquable cohérence de son enceinte fortifiée. Le mur d'enceinte nord-ouest tient encore debout, rythmé par les vestiges d'une porte et couronné d'une tour d'angle qui rappelle que la vie monastique médiévale n'excluait pas la prudence militaire. À l'intérieur de ce périmètre protégé, la fuye cylindrique — pigeonnier de plan circulaire — témoigne du statut économique et juridique privilegié du prieuré, seuls les seigneurs et les établissements religieux puissants jouissant du droit de colombier. La pièce maîtresse du domaine reste la grange de Lavaré, dont l'architecture impose le respect. Ses pignons épaulés de puissants contreforts, percés de portails monumentaux disposés en avant-corps, évoquent immédiatement la grange dîmière de Meslay, l'un des chefs-d'œuvre de l'architecture agricole médiévale en Touraine. Voir ces deux édifices, c'est comprendre comment l'abbaye de Marmoutier gérait ses domaines avec une rigueur bâtisseuse aussi constante que ses pratiques liturgiques. Le logis du Prieur complète admirablement l'ensemble : si sa façade principale a subi les remaniements du temps, sa façade postérieure a conservé intacte sa tourelle d'escalier extérieure, élément caractéristique de l'architecture domestique ligérienne des XVe et XVIe siècles. Ce contraste entre une façade lissée par les siècles et une arrière-cour préservée constitue en soi une leçon d'architecture vivante. Le prieuré de Lavaré s'adresse avant tout aux amateurs de patrimoine rural, aux photographes en quête de lumières dorées sur la pierre de tuffeau, et aux promeneurs qui cherchent la Touraine profonde, celle que les guides ordinaires oublient de mentionner.
Architecture
Le prieuré de Lavaré relève d'un art roman tardif pour ses parties les plus anciennes, évoluant vers le gothique dans ses élévations du XIIIe siècle, avant que la Renaissance n'infléchisse les aménagements du logis prieural au XVIe siècle. La pierre de tuffeau, matériau de prédilection des bâtisseurs tourangeaux pour sa légèreté et sa facilité de taille, constitue vraisemblablement l'essentiel des maçonneries, lui conférant cette teinte ivoire caractéristique du Val de Loire. L'enceinte fortifiée structure l'ensemble selon un plan resserré sur lui-même. Le mur nord-ouest, encore largement conservé, témoigne d'une maçonnerie soignée renforcée par la tour d'angle, dont le plan et l'élévation évoquent les dispositifs défensifs ruraux du bas Moyen Âge. La porte, dont les vestiges subsistent, devait présenter un arc en plein cintre ou en ogive, encadré de piédroits mouluré à la manière gothique. Un bâtiment annexe conserve dans son mur une baie géminée, rare vestige d'une fenêtre à colonnette médiane caractéristique de l'architecture du XIIIe siècle. La grange dîmière est la pièce architecturale la plus spectaculaire du site. Elle présente une nef longitudinale de grande envergure — comparable aux dimensions impressionnantes de la grange de Meslay — dont les portails charretiers sont encadrés d'avant-corps saillants fonctionnant comme des contreforts habillés, une solution à la fois technique et esthétique qui donne à l'édifice son rythme monumental. Les pignons épaulés renforcent cette impression de puissance maîtrisée. Le logis du Prieur, plus intime, se distingue par sa tourelle d'escalier en vis hors-œuvre côté jardin, élément de confort et de prestige caractéristique des demeures ligériennes de la fin du Moyen Âge. La fuye cylindrique complète le tableau, élevée en moellon de tuffeau selon la tradition locale des pigeonniers-tours.


