Château de Lagarette
Aux portes de Bordeaux, le château de Lagarette dissimule derrière ses murs du XVe siècle une peinture murale profane exceptionnelle : une scène de bataille médiévale aux archers et chevaliers, rarissime en Gironde.
History
Niché dans le bourg de Camblanes-et-Meynac, aux confins de l'Entre-Deux-Mers et de la rive droite de la Garonne, le château de Lagarette est l'un de ces édifices discrets qui réservent au visiteur averti des surprises d'une rare intensité. Loin des forteresses spectaculaires de la région, il incarne la demeure seigneuriale de province dans toute sa sobriété et son authenticité, préservée par les siècles dans un écrin de vignes. Ce qui distingue Lagarette de ses pairs, c'est avant tout son trésor intérieur : une peinture murale profane datant de la fin du XVe siècle, représentant une scène de bataille animée d'archers et de chevaliers en armure. Ce type de décor figuratif peint directement sur les murs d'une demeure privée est d'une extrême rareté en Gironde et confère au château une valeur patrimoniale qui dépasse largement ses dimensions modestes. Le visiteur qui pénètre dans ces salles se trouve face à un témoignage direct de la culture chevaleresque et de l'imaginaire guerrier de la fin du Moyen Âge. L'édifice lui-même présente une morphologie attachante : un corps de logis rectangulaire à deux niveaux flanqué d'un imposant pavillon, reliés par une tourelle coiffée d'un élégant toit en poivrière. Cette silhouette composite, fruit de plusieurs campagnes de construction étalées entre le XVe et le XVIIIe siècle, illustre parfaitement l'évolution des goûts et des besoins d'une famille noble bordelaise sur la longue durée. Le domaine est par ailleurs indissociable du vignoble bordelais. Propriété vinicole inscrite dans l'appellation Premières Côtes de Bordeaux, Lagarette perpétue une vocation agricole et viticole qui remonte sans doute à l'époque médiévale, inscrivant ce monument dans le paysage culturel et économique de la Gironde viticole. Venir à Lagarette, c'est donc conjuguer patrimoine bâti, histoire des arts et culture du vin dans un même lieu chargé d'une atmosphère authentique et préservée.
Architecture
Le château de Lagarette présente une composition architecturale caractéristique des demeures seigneuriales gasconnes de transition entre le Moyen Âge et la Renaissance. L'ensemble se structure autour de deux volumes principaux : un corps de logis rectangulaire à deux niveaux d'élévation, sobre et massif, et un gros pavillon qui lui est adjoint, créant un plan en L ouvert sur la cour intérieure. À l'angle formé par ces deux corps se loge une tourelle circulaire surmontée d'un toit en poivrière, élément pittoresque qui apporte verticalité et dynamisme à la silhouette de l'ensemble. Cette disposition — logis, pavillon et tourelle d'escalier — est un schéma récurrent dans l'architecture résidentielle du Sud-Ouest à la charnière des XVe et XVIe siècles. Les ouvertures constituent le principal document stylistique de l'édifice. Celles du pavillon, aux proportions et aux profils caractéristiques de la fin du XVIe siècle, contrastent avec les fenêtres du corps de logis principal dont le rythme et la facture évoquent des remaniements du XVIIIe siècle. La construction fait appel aux matériaux locaux, vraisemblablement la pierre calcaire dorée typique des carrières de l'Entre-Deux-Mers et de la Garonne, qui confère à l'ensemble une belle harmonie chromatique avec le paysage viticole environnant. L'intérêt architectural majeur du château réside cependant dans son décor intérieur, et plus précisément dans la peinture murale profane de la fin du XVe siècle. Cette fresque représentant une scène de bataille animée — archers bandant leurs arcs, chevaliers en armure engagés dans le combat — est d'une rare qualité d'exécution pour un édifice rural de cette envergure. Elle témoigne d'une influence des modèles iconographiques bourguignons et flamands alors très prisés dans la noblesse guyennaise, et constitue un document exceptionnel sur l'imaginaire chevaleresque et les pratiques décoratives des élites provinciales à la fin du Moyen Âge.


