Château de la Thomasserie
Pavillon de chasse du XVIIIe siècle cerné de fossés en eau, le château de la Thomasserie recèle un plafond peint à voussure unique en région Centre : le char de Diane et ses quatre saisons vous y attendent.
History
Niché dans la douceur du Val de Loire, aux portes de Vallières-les-Grandes, le château de la Thomasserie est l'un de ces joyaux discrets que la campagne blésoise dissimule avec une coquetterie toute aristocratique. Entouré de fossés en eau qui lui confèrent une silhouette à la fois intime et solennelle, ce pavillon de chasse en plan en U déploie ses ailes entre cour d'honneur et parc, selon une composition équilibrée caractéristique du goût français de la seconde moitié du XVIIIe siècle. Ce qui distingue véritablement la Thomasserie des nombreuses gentilhommières de Touraine, c'est son vestibule central — pièce rare, voire unique dans toute la région Centre. Sous une voussure aux galbes généreux, un plafond peint révèle le char triomphal de Diane encadré par de séduisantes allégories des quatre saisons. La composition, exécutée sur une préparation rouge qui réchauffe la palette et nourrit la profondeur des tons, évoque l'atmosphère feutrée des grandes demeures de chasse royales sans jamais tomber dans l'ostentation. La salle à manger voisine recèle un autre trésor : un lambris et un ensemble de placards dont le panneautage en bois témoigne d'un goût raffiné hérité des premières décennies du XVIIIe siècle. Sur les manteaux de pierre des cheminées, deux portraits royaux peints directement sur la pierre confrontent le visiteur au regard du pouvoir absolu : Louis XIV en pied et en armure, d'après Hyacinthe Rigaud, signé de la main de Louis-Alexandre Lefebvre, et le jeune Louis XV dans la même posture guerrière, d'après Jean-Baptiste Van Loo. L'ensemble de la propriété, enrichi au XIXe siècle par une cour de communs — grange, écuries, bûcher, logements — et transformé dans les années 1920 par l'ajout d'un niveau à l'aile ouest et d'une orangerie, compose un domaine vivant, palimpseste architectural où trois siècles de vie seigneuriale se lisent à travers pierres et enduits. Inscrit aux Monuments Historiques en 2009, le château de la Thomasserie est une destination idéale pour qui cherche à s'écarter des circuits balisés et à toucher du doigt l'intimité des grandes familles de province.
Architecture
Le château de la Thomasserie adopte un plan en U classique, disposition caractéristique des pavillons de plaisance de la seconde moitié du XVIIIe siècle en France : un corps central flanqué de deux ailes légèrement avancées ménage une cour d'honneur ouverte côté entrée, tandis que la façade opposée donne sur le parc. L'ensemble est ceint de fossés en eau, élément pittoresque qui rappelle les traditions défensives médiévales tout en remplissant ici un rôle purement décoratif et paysager, soulignant la silhouette du bâtiment avec une élégance caractéristique du goût rocaille et pré-romantique. La pierre de taille blonde du Val de Loire, probablement le tuffeau local, constitue vraisemblablement le matériau principal des façades, leur conférant cette teinte chaude et lumineuse si typique de l'architecture domestique ligérienne. L'intérieur révèle une distribution soignée : le corps central s'organise autour d'un vaste vestibule traversant, ouvert de part et d'autre par de larges portes créant une perspective vers le parc. Ce vestibule est couronné d'un plafond à voussure d'une rare sophistication, orné du char de Diane entouré d'allégories des Quatre Saisons peintes sur une préparation rouge — technique qui renforce l'intensité chromatique de la composition. Les ailes abritent une enfilade de salons, une bibliothèque et une salle à manger dont le lambris boisé à panneaux serait antérieur à la construction actuelle, suggérant le remploi d'un décor des premières années du XVIIIe siècle. Les transformations des années 1920 — surélévation de l'aile ouest et adjonction d'une orangerie — ont enrichi l'ensemble sans dénaturer sa cohérence stylistique globale.


