Château de la Rolphie
Aux portes de Périgueux, la Rolphie superpose deux millénaires d'histoire : des fondations gallo-romaines à un élégant manoir Renaissance orné d'une chapelle à colonnes corinthiennes d'une rare préciosité.
History
Niché dans la douceur périgourdine de Coulounieix-Chamiers, le château de la Rolphie est l'un de ces lieux rares où le sol lui-même parle autant que les pierres dressées. Ici, colonnes et chapiteaux antiques ont été exhumés, témoins muets d'une villa gallo-romaine qui précéda de plusieurs siècles toute fortification médiévale. Cette stratigraphie de l'histoire — du Ier siècle romain jusqu'à la Renaissance française — confère au domaine une profondeur historique exceptionnelle pour un édifice de taille modeste. Ce qui distingue véritablement la Rolphie de la multitude des logis nobles du Périgord, c'est la coexistence harmonieuse entre une architecture défensive résiduelle — avec ses deux tourelles d'angle en encorbellement — et un raffinement ornemental tout à fait représentatif de la première Renaissance en province. La galerie à pilastres moulurés reliés par plates-bandes témoigne d'une sensibilité architecturale tournée vers l'Italie, rare dans un contexte rural. La chapelle accolée au manoir constitue le joyau du site. Ses douze colonnes corinthiennes dessinent un espace sacré d'une élégance presque surprenante au regard des dimensions de l'ensemble. Cet espace invite à la contemplation et révèle l'ambition culturelle et spirituelle de ceux qui firent construire ce manoir au début du XVIe siècle. Les caves voûtées, accessibles depuis le corps de logis, prolongent la visite dans une atmosphère plus souterraine, rappelant les substrats médiévaux et antiques sur lesquels repose l'édifice actuel. Pour le visiteur attentif, chaque couche de maçonnerie est un chapitre d'histoire à lire. Le cadre de Coulounieix-Chamiers, commune limitrophe de Périgueux, offre une situation géographique idéale : on est ici à deux pas du chef-lieu de la Dordogne, dans un territoire où le patrimoine architectural est particulièrement dense. La Rolphie se visite avec profit en combinaison avec les nombreux autres monuments de la vallée de l'Isle.
Architecture
Le château de la Rolphie se présente comme un manoir de la première Renaissance française, articulé autour d'un corps de logis principal flanqué de deux tourelles d'angle en encorbellement. Ces tourelles, héritières formelles d'une tradition médiévale de défense et de prestige, adoptent ici une fonction davantage décorative que militaire, signalant la transition architecturale caractéristique du début du XVIe siècle entre le château fort et la demeure de plaisance. L'élément le plus remarquable de la façade est la galerie à pilastres moulurés réunis par plates-bandes, dispositif d'inspiration classique qui rythme horizontalement la composition et témoigne d'une connaissance directe ou indirecte des modèles italiens. Ce type de galerie, qui articule plein et vide, ombre et lumière, confère à l'ensemble une légèreté et une élégance contrastant avec la robustesse des tourelles. Les matériaux employés sont ceux de la tradition constructive périgourdine : la pierre calcaire dorée, omniprésente dans le bâti de la région, taillée avec soin pour les éléments ornementaux. La chapelle accolée au logis constitue la pièce maîtresse du programme architectural. Édifiée à l'usage d'une communauté seigneuriale et peut-être d'une partie du domaine, elle frappe par la générosité de son décor : douze colonnes corinthiennes scandent l'espace intérieur, offrant une référence directe à l'Antiquité classique que seuls les commanditaires les plus cultivés osaient alors revendiquer en milieu provincial. Les caves voûtées qui s'étendent sous le manoir complètent le tableau d'un édifice stratifié, dont les fondations plongent symboliquement et matériellement dans les profondeurs de l'Antiquité gallo-romaine.


