Ancré dans le granit breton du XIVe siècle, ce manoir au passé épique aurait abrité Tiphaine de Raguenel, première épouse du légendaire connétable Du Guesclin. Un joyau discret des Côtes-d'Armor.
Niché dans le val de Rance, aux confins de la Bretagne profonde, le château de la Bellière est l'un de ces manoirs de granit qui semblent avoir poussé naturellement dans la roche, comme si la terre elle-même avait voulu façonner une demeure à la mesure de son histoire. Ses grands murs irréguliers, percés de baies dont certaines ont été maladroitement rebouchées au fil des siècles, racontent à eux seuls plusieurs epochs de la Bretagne médiévale, sans jamais livrer tous leurs secrets. Ce qui distingue la Bellière de bien d'autres manoirs bretons, c'est moins son architecture que le parfum de légende qui l'enveloppe. Ici, selon la tradition, vécut Tiphaine de Raguenel — femme de lettres, astrologue érudite et première épouse de Bertrand Du Guesclin, le plus célèbre connétable de France. Cette association confère au lieu une aura romanesque et historique que peu de demeures de cette taille peuvent revendiquer. L'expérience de visite est avant tout sensitive : le visiteur est frappé par la massivité sobre du granit, par l'épaisseur des murs qui semblent absorber le temps, et par la silhouette caractéristique des souches de cheminées, témoins imparfaits d'une restauration controversée du XIXe siècle, que Viollet-le-Duc lui-même avait jugées dignes de mention dans son célèbre Dictionnaire raisonné de l'architecture. Le cadre environnant contribue à l'atmosphère singulière du lieu. La commune de La Vicomté-sur-Rance, lovée en bordure de l'estuaire de la Rance, offre des paysages de bocage et de val fluvial typiquement armoricains. La lumière changeante de la Bretagne intérieure baigne les façades de granit d'une teinte qui varie du gris ardoise à l'or pâle selon les heures, faisant de la Bellière un sujet de prédilection pour les amateurs de photographie patrimoniale. Monument inscrit depuis 1927, la Bellière appartient à cette catégorie de bâtisses que la protection officielle a su figer avant qu'elles ne disparaissent tout à fait, mais qui portent encore les cicatrices de leurs transformations maladroites : une authenticité imparfaite, plus émouvante peut-être que n'importe quelle restauration académique.
Le château de la Bellière appartient à la catégorie des manoirs fortifiés bretons du bas Moyen Âge, constructions intermédiaires entre la maison seigneuriale et la forteresse véritable. Ses grands murs de granit, matériau roi de l'architecture armoricaine, présentent un appareil irrégulier caractéristique des constructions du XIVe siècle, où la dureté de la roche imposait aux tailleurs de pierre une taille grossière et des assises moins régulières que celles du calcaire tourangeau ou normand. Cette irrégularité, loin d'être un défaut, confère aux façades une texture vivante et une robustesse évidente. L'organisation volumétrique suit le schéma classique du manoir breton médiéval : un corps de logis principal auquel s'adossent des éléments secondaires, le tout articulé autour de la nécessité défensive et résidentielle. Les percements de façades — fenêtres et archères — ont été remaniés au fil des siècles, certaines baies étant bouchées lors des restaurations du XIXe siècle tandis que d'autres semblent avoir été ajoutées à des époques postérieures à la construction originelle, brouillant quelque peu la lecture architecturale d'ensemble. L'élément le plus remarquable, et le plus commenté dans la littérature architecturale, demeure les souches de cheminées, signalées par Eugène Viollet-le-Duc dans son Dictionnaire raisonné de l'architecture française du XIe au XVIe siècle. Ces souches, originellement couronnées de cornes en ardoise — ornement typique de la Bretagne médiévale —, ont été défigurées lors des restaurations du XIXe siècle par un badigeon de mortier imitant de faux joints et le remplacement des cornes d'ardoise par du bois et du zinc. Malgré ces altérations, leur silhouette demeure lisible et évocatrice de l'art des charpentiers et maçons bretons du XIVe siècle.
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La Vicomté-sur-Rance
Bretagne