
Jeu de paume
Vestige rarissime du XVIe siècle, l'ancien jeu de paume de Chinon est l'une des plus anciennes salles de ce sport royal encore debout en France, témoignage inattendu d'une passion aujourd'hui presque oubliée.

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History
Au cœur de Chinon, ville chargée d'histoire et nichée dans la vallée de la Vienne, se dresse un édifice que peu de passants savent identifier : l'ancien jeu de paume. Derrière sa façade sobre se cache l'un des témoins architecturaux les plus rares de la France de la Renaissance, à une époque où ce sport — ancêtre direct du tennis — régnait en maître sur les cours royales et les villes de province. Ce qui rend ce bâtiment véritablement singulier, c'est sa persistance. Alors que l'immense majorité des salles de jeu de paume françaises ont été transformées en théâtres, en écuries ou simplement rasées au fil des siècles, celle de Chinon a survécu, certes altérée, mais reconnaissable dans ses grandes lignes. Sa charpente, datée dendrochronologiquement aux alentours de 1587, constitue une pièce maîtresse du patrimoine sportif et architectural de la Touraine. Visiter l'ancien jeu de paume, c'est plonger dans un monde disparu : celui où des milliers de salles résonnaient du bruit des balles frappées à la main puis à la raquette, où des nobles et des bourgeois se retrouvaient pour jouer et parier, où des rois eux-mêmes n'hésitaient pas à saisir la raquette. L'espace intérieur, avec sa longueur caractéristique et sa charpente ancienne, évoque encore puissamment la pratique du jeu dans sa forme originelle. Le cadre de Chinon, ville médiévale et Renaissance par excellence, ajoute une dimension supplémentaire à la visite. À deux pas du château royal où Jeanne d'Arc rencontra le dauphin Charles, l'ancien jeu de paume s'inscrit dans un tissu urbain d'une remarquable cohérence historique. Le projet de restauration mené par le Comité français de courte paume ambitionne de redonner vie à cet édifice exceptionnel, en faisant de Chinon un centre vivant de la redécouverte du jeu de paume.
Architecture
L'ancien jeu de paume de Chinon répond au type architectural standardisé des salles longues qui s'imposa dès le XVIe siècle pour le jeu de paume couvert. Le plan rectangulaire allongé — caractéristique indispensable à la pratique du jeu — définit un volume intérieur imposant, conçu pour permettre les échanges à grande distance entre les joueurs. La longueur de la salle, conforme aux canons de l'époque, devait avoisiner trente à trente-cinq mètres, dimensions habituelles pour les tripots provinciaux de la Renaissance. L'élément le plus remarquable et le mieux conservé de l'édifice est sa charpente en bois, datée de 1587, qui constitue le principal argument patrimonial justifiant la protection au titre des Monuments Historiques. Cette charpente en bois de chêne, caractéristique de la construction tourangelle de la fin du XVIe siècle, présente une structure à fermes espacées régulièrement, couvrant l'intégralité de la nef sans interruption — condition nécessaire au jeu. Les murs, vraisemblablement en tuffeau, pierre locale blonde et tendre typique du Val de Loire, devaient initialement comporter les éléments propres au jeu : galeries latérales, filets de protection et ouvertures strictement réglementées. Bien que les altérations structurelles accumulées au fil des siècles aient modifié les élévations intérieures et certains percements, la volumétrie générale du bâtiment demeure lisible. La façade sobre, dépourvue d'ornementation ostentatoire, reflète le caractère fonctionnel de l'édifice, destiné avant tout à une pratique sportive plutôt qu'à la représentation sociale — ce qui distingue les tripots des grandes architectures de prestige de la même époque.


