Au cœur de Morlaix, ce logis du XVIe siècle abrite un escalier en bois d'une rare poésie : ses sculptures naïves mêlant rinceaux gothiques et volutes Renaissance en font un chef-d'œuvre de la transition médiévale.
Nichée dans le tissu urbain de Morlaix, l'une des cités les plus riches en patrimoine de Bretagne, cette demeure du XVIe siècle passe presque inaperçue depuis la rue. C'est pourtant à l'intérieur que se révèle l'essentiel : un escalier en bois sculpté d'une extraordinaire inventivité, qui transforme la montée d'un étage en un véritable parcours artistique. Ce qui distingue fondamentalement cet édifice de ses contemporains bretons, c'est la nature même de sa décoration intérieure. Là où la plupart des logis bourgeois de l'époque se contentent d'une charpente soignée ou d'un mobilier de qualité, l'artisan anonyme qui a œuvré ici a recouvert chaque surface de bois d'un entrelacement foisonnant de motifs végétaux : lierre grimpant, grappes de vigne gonflées de promesses, rosaces étoilées, volutes s'enroulant avec une liberté presque organique. Le langage formel hésite délicieusement entre deux mondes — le gothique finissant et la Renaissance naissante — comme si l'artiste avait voulu figer en bois le moment exact du basculement d'une esthétique vers une autre. L'expérience de visite est celle de la surprise et de l'intimité. On pénètre dans un espace domestique à échelle humaine, sans la grandiloquence des châteaux ni l'austérité des édifices religieux. L'escalier se déroule depuis l'huis d'entrée jusqu'aux poinçons et arbalétriers de la charpente, formant une continuité décorative rare. Le clou du parcours est sans doute le poteau du palier : l'artisan y a minutieusement reproduit la tour et le clocher de l'église Saint-Mélaine, monument emblématique de Morlaix, et y a intégré le visage du saint en guise d'appui-main — une attention pittoresque qui témoigne de l'attachement profond de ce quartier à sa vie paroissiale. Le cadre général de la visite s'inscrit dans la découverte de Morlaix, ville aux ruelles pavées et aux maisons à colombages dites « maisons à lanterne ». Ce logis anonyme, sans enseigne tapageuse, constitue l'un de ces trésors discrets que seuls les promeneurs curieux savent dénicher, loin des circuits balisés.
L'édifice appartient à la catégorie des logis urbains bretons du XVIe siècle, construits selon un plan ramassé adapté aux parcelles étroites du centre de Morlaix. La façade, sobre et caractéristique de l'architecture civile de la région, s'exprime probablement en maçonnerie de granite — la pierre dominante de toute la Bretagne armoricaine — avec, selon l'usage local, des encadrements de baies soigneusement taillés. La toiture, à forte pente comme le veut la tradition bretonne soumise aux pluies atlantiques, complète une silhouette discrète qui ne laisse en rien présager la richesse de l'intérieur. C'est l'escalier en bois qui constitue la pièce maîtresse architecturale et décorative de l'ensemble. Développé depuis l'huis d'entrée jusqu'à la charpente, il forme un programme ornemental continu d'une ambition rare dans le domaine domestique. Le limon, les poteaux, les arbalétriers et les poinçons sont couverts d'un répertoire végétal sculpté en demi-relief : rinceaux souples, volutes enroulées, feuilles et grappes de vigne, rosaces à entrelacs. La maîtrise technique est certaine — les raccords entre les éléments sont fluides, les motifs ne se répètent pas mécaniquement mais varient avec une liberté inventive qui évoque davantage l'improvisation du compagnon que la rigueur du dessin préparatoire académique. Le poteau de palier, avec sa représentation architecturée de l'église Saint-Mélaine et son appui-main en forme de visage du saint, ajoute une dimension narrative et topographique unique à cet ensemble, transformant un objet fonctionnel en véritable monument dans le monument.
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