Joyau du modernisme breton à Quimper, le Ty Kodak (1933) révèle une façade audacieuse soulignée de céramique bleue, témoignage rare de l'architecture avant-gardiste d'Olivier Mordrelle.
Au cœur de Quimper, ville dont le nom évoque spontanément le folklore breton et les faïences colorées, se dresse un immeuble qui tranche avec les conventions régionalistes : le Ty Kodak. Bâti en 1933 pour le fils du photographe Joseph Villard, il tire son surnom populaire de l'activité commerciale qui s'y développa au rez-de-chaussée, associée à la vente de matériel photographique — un clin d'œil à la modernité de l'époque autant qu'à l'origine familiale de son commanditaire. Ce qui frappe en premier, c'est l'élégance résolument horizontale de la façade. Deux bandeaux de céramique bleue courent sur toute la largeur du bâtiment, rythmant les niveaux avec une précision presque musicale. Cet ornement sobre mais saisissant ancre l'immeuble dans une esthétique résolument contemporaine des années 1930, proche du Mouvement Moderne européen, tout en conservant une sensibilité chromatique proprement bretonne — le bleu de la mer, des coiffes, des faïences de Quimper. L'édifice constitue l'œuvre maîtresse d'Olivier Mordrelle, architecte quimpérois convaincu qu'une architecture bretonne vivante ne pouvait se cantonner à la nostalgie pittoresque des pignons à crossettes et des encorbellements médiévaux. Pour lui, être breton au XXe siècle signifiait s'inscrire dans les courants internationaux sans renier une identité locale exprimée autrement — par la matière, la couleur, la justesse des proportions. Visiter le Ty Kodak, c'est contempler un manifeste architectural en acte. La façade dialogue avec le passant de façon directe, sans ornement superflu ni discours passéiste. Les amateurs d'architecture moderniste y trouveront un rare exemple breton d'entre-deux-guerres, tandis que les photographes seront séduits par le jeu graphique entre les horizontales céramiques et les verticales qui équilibrent la composition. Un monument discret mais d'une cohérence formelle remarquable, inscrit aux Monuments Historiques depuis 2006.
Le Ty Kodak s'inscrit dans le courant moderniste des années 1930, caractérisé par une recherche de pureté formelle, le refus de l'ornement anecdotique et la valorisation des lignes géométriques. La façade principale est organisée selon une logique horizontale affirmée : deux bandeaux de céramique bleue courent sur toute sa largeur, marquant les niveaux intermédiaires avec une élégance retenue. Cette teinte bleue n'est pas un choix neutre — elle évoque la palette chromatique bretonne tout en conférant à l'édifice une modernité résolue, à la croisée du régionalisme sensible et du langage architectural international. L'horizontalisme dominant est néanmoins tempéré par des éléments verticaux soigneusement disposés — encadrements de baies, trumeaux entre fenêtres — qui introduisent un contrepoint rythmique et évitent toute monotonie. Cette dialectique entre horizontales et verticales est caractéristique du vocabulaire formel des architectes modernistes européens contemporains de Mordrelle, et témoigne d'une maîtrise compositionnelle certaine. Les matériaux employés, typiques de la construction urbaine des années 1930, associent probablement le béton armé ou la maçonnerie enduite aux revêtements céramiques en façade, ces derniers constituant l'élément distinctif et le plus précieux de l'édifice. L'immeuble assume pleinement sa nature urbaine : conçu pour s'intégrer dans un tissu de ville dense, il dialogue avec son environnement sans chercher à le dominer, affirmant une modernité sobre et convaincante qui n'a rien perdu de sa pertinence.
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