
Immeuble dit le Nouveau Logis
Ancienne résidence secondaire des archevêques de Tours, le Nouveau Logis de Candes-Saint-Martin déploie son élégance entre tour médiévale, fronton baroque et douves, sur un site habité depuis l'Antiquité gallo-romaine.

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History
Perché au confluent de la Vienne et de la Loire, dans l'un des plus beaux villages de France, le Nouveau Logis de Candes-Saint-Martin est l'une de ces demeures discrètes qui recèlent des siècles d'histoire superposée. Résidence de prestige des archevêques de Tours, l'édifice offre un témoignage rare de l'art de vivre prélat sous l'Ancien Régime, dans un cadre que la nature et les hommes ont façonné avec une égale générosité. Ce qui distingue immédiatement le Nouveau Logis, c'est l'audace de son fronton baroque, véritable anomalie heureuse dans un Val de Loire plutôt acquis aux lignes sobres de la Renaissance classique. Surplombant une terrasse à trois faces qui s'avance hardiment vers la vallée, cette façade sud constitue un véritable tableau architectural, encadrée par deux ailes en retour d'équerre qui dessinent une cour intime bordée par le fossé. L'entrée dans la propriété se fait par une cour d'honneur que referment des communs élevés à la fin du XVIIe siècle — bâtiments utilitaires devenus, avec le temps, des éléments à part entière du décor. À l'ouest, la tour dite d'Aubigny capte l'attention : ancienne tour du rempart médiéval de Candes, elle commande un pont de pierre enjambant les douves et rappelle que ce logis seigneurial s'inscrit dans un système défensif plus ancien. L'intérieur réserve ses propres surprises, notamment des pièces ornées de boiseries soignées et de papiers peints du XIXe siècle représentant des scènes mythologiques — un programme décoratif d'une ambition peu commune, qui évoque les grandes heures de la villégiature aristocratique et ecclésiastique. Ces décors conçus pour l'émerveillement conferent aux salons une atmosphère de cabinet de curiosités raffiné. Le cadre naturel amplifie le charme du lieu : Candes-Saint-Martin, classé parmi les Plus Beaux Villages de France, offre depuis les terrasses du logis une vue plongeante sur la confluence des deux fleuves royaux. Photographes, amateurs de patrimoine et promeneurs cultivés y trouveront une halte mémorable, loin de l'agitation des grands châteaux touristiques.
Architecture
Le Nouveau Logis présente une composition architecturale pluriséculaire où trois grandes phases de construction coexistent avec une cohérence remarquable. La séquence d'entrée, structurée par les communs de la fin du XVIIe siècle, prépare la découverte du logis principal en ménageant un effet de surprise : la cour d'honneur allonge la perspective et retarde l'apparition de la façade sud, dont le fronton baroque constitue la pièce maîtresse. Rare dans le répertoire ligérien, ce fronton triangulaire brisé ou cintré — d'inspiration clairement romaine — surmonte une avancée à trois faces qui projette le corps central vers la grande terrasse, créant un jeu de volumes dynamique et théâtral. Les deux petites ailes en retour d'équerre ajoutées sur la façade sud délimitent une cour basse ouverte sur les fossés, renforçant l'impression d'une architecture défensive reconvertie en architecture de prestige. La tour d'Aubigny, isolée à l'ouest, articule ces deux registres : avec sa maçonnerie médiévale en tuffeau et calcaire local, elle contraste avec les élévations plus régulières du logis, tout en établissant un dialogue formel grâce au pont de pierre qui enjambe les douves et relie les différentes entités du domaine. À l'intérieur, les pièces principales conservent des boiseries du XIXe siècle d'une belle facture — lambris à panneaux moulurés, trumeaux et corniches — ainsi que des tentures de papier peint panoramique représentant des scènes mythologiques, genre décoratif en vogue sous la Restauration et la Monarchie de Juillet. Ces décors témoignent d'un programme iconographique ambitieux, probablement commandé par un propriétaire soucieux d'affirmer sa culture classique. Les matériaux dominants sont le tuffeau blanc de Touraine et l'ardoise, conformément aux traditions constructives du Val de Loire.


