Hôtel Senchon de Bournissac
Au cœur de Noves, cet hôtel particulier du XVIIIe siècle dissimule derrière sa façade ordonnancée des papiers peints panoramiques Zuber d'exception, dont les célèbres «Vues de l'Hindoustan» en grisaille.
History
Niché dans les ruelles de Noves, bourg provençal aux portes de la plaine de la Crau, l'hôtel Senchon de Bournissac est l'un des rares exemples d'architecture civile du XVIIIe siècle aussi parfaitement préservés de la région. Derrière une façade sobre et rigoureusement composée, l'édifice réserve à ses visiteurs un émerveillement intérieur rare, où l'art de la décoration bourgeoise provençale atteint une sophistication remarquable. Ce qui distingue absolument l'hôtel Senchon de Bournissac, c'est la qualité et la rareté de ses papiers peints panoramiques. Le salon conserve une série complète des «Vues de l'Hindoustan», édition originale de 1807 sortie des ateliers de la manufacture Zuber de Rixheim — l'une des manufactures de papiers peints les plus prestigieuses d'Europe, dont les productions ornaient aussi bien les demeures de la grande bourgeoisie française que la Maison-Blanche de Washington. Ces panoramiques, imprimés à la planche de bois gravée, représentent avec une minutie exotique des paysages indiens fantasmés, typiques du goût orientaliste naissant du Premier Empire. La salle à manger offre quant à elle une série de décors en grisaille illustrant «les plaisirs de la ville et de la campagne», programme iconographique qui témoigne d'un art de vivre à la française, entre villégiature champêtre et urbanité raffinée. Les trumeaux de cheminée et les dessus de porte, ornés de gypseries délicates, complètent un ensemble décoratif d'une cohérence et d'une richesse exceptionnelles. L'escalier monumental, véritable pièce maîtresse de la composition intérieure, déploie une rampe à balustres sculptés et dessert des appartements aux plafonds «à la française», dont les poutres apparentes rythmées et polychromées évoquent la grande tradition du logis seigneurial méridional. L'aile nord, ajoutée au XIXe siècle, prolonge l'édifice d'une galerie lumineuse ouverte sur le jardin, où le temps semble s'être arrêté. Pour les amateurs de patrimoine intérieur, d'arts décoratifs ou d'histoire sociale de la Provence, l'hôtel Senchon de Bournissac constitue un arrêt incontournable entre Avignon et Saint-Rémy-de-Provence. Son intimité préservée et son authenticité en font une découverte hors des sentiers touristiques balisés.
Architecture
L'hôtel Senchon de Bournissac s'inscrit dans la tradition de l'architecture civile classique provençale du XVIIIe siècle, caractérisée par une façade ordonnancée aux ouvertures régulièrement espacées, des chaînages d'angle discrets et une sobriété ornementale qui contraste avec la richesse des intérieurs. L'édifice s'organise autour d'une cour intérieure, selon un plan en L complété au XIXe siècle par une aile nord formant galerie — dispositif qui permet d'articuler les espaces de réception, les appartements privés et le jardin en un ensemble cohérent et hiérarchisé. Le cœur architectural de la demeure est son escalier d'honneur, logé dans une vaste cage rectangulaire. La rampe à balustres tournés, sculptée avec soin, témoigne du savoir-faire des artisans provençaux de l'époque. Les appartements desservis à l'étage conservent leurs plafonds «à la française», dont les solives apparentes, parfois peintes ou sculptées, rythment les volumes selon une tradition constructive ancrée dans le génie du bâti méridional. L'originalité de l'hôtel réside cependant avant tout dans ses décors intérieurs du XIXe siècle : gypseries (stucs en plâtre) finement moulurées ornant trumeaux de cheminée et dessus de porte, et surtout les papiers peints panoramiques de la manufacture Zuber, posés en lés continus sur les murs des pièces de réception. Ces panoramiques, imprimés par la technique de la planche de bois gravée avec superposition de couleurs, sont considérés comme des œuvres d'art à part entière et constituent aujourd'hui l'un des ensembles les mieux conservés de ce type en région provençale.


