Hôtel Raousset-Boulbon dit aussi Fauris de Saint-Vincens ou de Rascas
Joyau baroque du Cours Mirabeau, l'hôtel Raousset-Boulbon incarne l'élégance aristocratique aixoise du XVIIe siècle, avec sa façade en pierre de Bibémus et sa cour intérieure d'une sobriété raffinée.
History
Au cœur d'Aix-en-Provence, ville que le règne de Louis XIV transforma en capitale administrative et culturelle de Provence, l'hôtel Raousset-Boulbon se dresse comme l'un des témoins les plus accomplis de l'âge d'or de l'architecture civile aixoise. Bâti dans le troisième quart du XVIIe siècle, au moment où la noblesse parlementaire et la bourgeoisie enrichie rivaliseront de prestige pour ériger leurs demeures en plein essor urbain, cet hôtel particulier concentre en lui les ambitions d'une époque et d'une société. Ce qui rend l'édifice singulier tient à la superposition de ses identités : connu tour à tour sous les noms de Fauris de Saint-Vincens et de Rascas, il porte en lui les strates de familles illustres qui ont façonné l'histoire intellectuelle et juridique de la Provence. Chacune a laissé son empreinte, transformant cet hôtel en palimpseste vivant de la vie mondaine et savante du Midi français. L'expérience de visite plonge le visiteur dans l'intimité d'une demeure pensée pour représenter autant que pour habiter. La distribution des espaces, entre corps de logis principal, cour d'honneur et dépendances, obéit à une logique de parade caractéristique des hôtels particuliers méridionaux de la seconde moitié du XVIIe siècle. Le calcaire doré de Bibémus, cette pierre chaude et lumineuse que partagent les plus belles façades d'Aix, baigne ici sous la lumière provençale avec une intensité particulière. Le quartier Mazarin, dans lequel s'inscrit ce type d'édifice, offre un écrin idéal : rues tracées au cordeau, fontaines murmurantes, platanes centenaires. L'hôtel Raousset-Boulbon dialogue avec ses voisins illustres — hôtel de Caumont, hôtel d'Arbaud — formant un ensemble cohérent qui fait d'Aix-en-Provence l'un des conservatoires les mieux préservés de l'architecture classique française méridionale.
Architecture
L'hôtel Raousset-Boulbon illustre avec fidélité les canons de l'architecture civile provençale du troisième quart du XVIIe siècle, époque où les influences du classicisme français se mêlent à des réminiscences de la Renaissance italienne longtemps prégnantes en Provence. La façade principale, élevée en calcaire clair caractéristique des extractions locales, s'organise selon une composition tripartite rigoureuse : soubassement traité en bossages, corps central rythmé par des travées régulières de fenêtres à meneaux ou à croisées, et couronnement par une corniche moulurée. Les encadrements des baies, finement profilés, témoignent du savoir-faire des tailleurs de pierre provençaux. La disposition intérieure obéit au schéma canonique de l'hôtel particulier méridional : un porche cochère ouvre sur une cour d'honneur pavée, autour de laquelle s'articulent le corps de logis principal, les ailes de service et les communs. L'escalier d'honneur à rampe en ferronnerie forgée constitue généralement la pièce maîtresse de ce type d'édifice, permettant la montée vers les appartements de réception du piano nobile. Les pièces principales sont ornées de plafonds à poutres apparentes peintes ou à voûtes en anse de panier, dans la tradition décorative aixoise. La toiture, à faible pente selon l'usage provençal, est vraisemblablement couverte de tuiles canal disposées en rangées régulières, matériau universel dans le bâti civil de la région au XVIIe siècle. L'ensemble forme un témoignage cohérent et précieux de ce que fut l'architecture domestique aristocratique dans la Provence du Grand Siècle, à l'heure où Aix rayonnait comme l'une des capitales culturelles du royaume de France.


