Hôtel Paul Arbaud
Joyau discret du Cours Mirabeau, l'hôtel Paul Arbaud conjugue l'élégance de l'architecture aixoise du XVIIIe siècle à la passion d'un bibliophile exceptionnel, dont la collection encyclopédique demeure l'une des plus précieuses de Provence.
History
Au cœur d'Aix-en-Provence, ville des hôtels particuliers et des fontaines murmurantes, l'hôtel Paul Arbaud occupe une place singulière dans le paysage patrimonial provençal. Loin des fastueuses façades du Cours Mirabeau qui captivent le regard des passants, cet édifice discret recèle une âme que peu de monuments de la ville peuvent revendiquer : celle d'un véritable sanctuaire du livre et de la mémoire provençale. Classé Monument Historique en 1989, il témoigne à la fois de l'art de vivre aristocratique du XVIIIe siècle et de la fièvre collectrice qui s'empara de certains érudits au XIXe siècle. Ce qui distingue fondamentalement l'hôtel Paul Arbaud des autres demeures bourgeoises d'Aix, c'est la fusion intime entre le contenant et le contenu. Les salles aux boiseries raffinées, aux plafonds moulurés et aux parquets à points de Hongrie accueillent encore aujourd'hui une bibliothèque de quelque 40 000 volumes consacrés à la Provence, des collections de faïences de Moustiers parmi les plus complètes de France, ainsi que des peintures et sculptures qui racontent cinq siècles d'histoire régionale. L'ensemble forme un cabinet de curiosités érudit d'une cohérence rare. L'expérience de visite y est profondément différente de celle que proposent les grands châteaux ou les musées modernes. On y entre avec la sensation de pénétrer dans la bibliothèque personnelle d'un homme de goût : les livres côtoient les œuvres, les faïences dialoguent avec les portraits, et l'atmosphère feutrée invite à la contemplation lente. Les amateurs d'arts décoratifs trouvent ici un terrain d'émerveillement continu, de la vaisselle de manufacture régionale aux reliures précieuses. Le cadre aixois renforce encore ce sentiment d'élégance préservée. La ville de Cézanne et du Roi René, aux ruelles ombragées et aux hôtels particuliers de calcaire blond, constitue l'écrin naturel d'un tel monument. L'hôtel Arbaud s'inscrit dans une cité dont la tradition de mécénat lettré remonte au XVe siècle, perpétuant un idéal de culture provençale que les grands collectionneurs du XIXe siècle ont su porter à son apogée.
Architecture
L'hôtel Paul Arbaud présente la physionomie caractéristique des hôtels particuliers aixois de la seconde moitié du XVIIIe siècle : une façade en calcaire de Saint-Marc au grain fin et à la teinte miel, rythmée par des travées régulières de fenêtres à encadrements moulurés, surmontées d'un étage noble aux proportions généreuses. La sobriété ornementale de l'élévation extérieure, typique du classicisme provençal qui tempère l'exubérance baroque italienne par un retour à l'ordonnance française, contraste avec la richesse des intérieurs. Un portail en fer forgé de belle facture, aux volutes travaillées selon la tradition des ferronniers aixois du XVIIIe siècle, donne accès à un vestibule voûté qui prépare le visiteur au dépaysement intérieur. Les espaces intérieurs témoignent du remaniement victorien conduit sous Paul Arbaud dans le dernier quart du XIXe siècle. Les pièces de réception conservent leurs lambris peints à panneaux, leurs cheminées en marbre coloré et leurs plafonds à corniches stuquées, héritage du XVIIIe siècle. Les bibliothèques en bois sombre à colonnettes, ajoutées au cours des aménagements du XIXe siècle, créent un dialogue stylistique entre deux époques qui s'avère finalement harmonieux. Les parquets en bois de chêne, en partie d'origine, ont conservé leur patine ancienne. La particularité architecturale la plus notable de l'hôtel réside dans l'organisation des espaces de conservation : corridors équipés de tablettes continues, salles à l'éclairage soigneusement orienté au nord pour protéger les documents de la lumière directe, et un arrière-corps plus tardif qui étend la superficie utile sans rompre l'harmonie de l'ensemble. La toiture à faible pente, couverte de tuiles rondes provençales, achève de rattacher l'édifice à la tradition architecturale méditerranéenne.


