Hôtel de la Monnaie ou Maison du Gouverneur ou Hôtel des Monnaies ou Hôtel de Langlade
Au cœur de Périgueux, cet hôtel Renaissance du XVIe siècle fascine par sa galerie à arcades ornée de plafonds à caissons sculptés d'une rare finesse — putti, dragons terrassés et bustes barbus d'une poésie toute périgourdine.
History
Nichée dans le tissu urbain médiéval et Renaissance de Périgueux, l'Hôtel de la Monnaie — que la tradition locale nomme tour à tour Maison du Gouverneur ou Hôtel de Langlade — est l'un de ces joyaux discrets que la ville livre aux promeneurs curieux. Sa multiplicité de noms témoigne d'une histoire complexe et d'usages successifs que l'érudition peine encore à démêler, conférant à l'édifice une aura de mystère presque romanesque. Ce qui distingue radicalement ce monument de ses contemporains, c'est l'extraordinaire programme sculpté de ses plafonds à voûtes plates et à caissons. Là où la plupart des demeures seigneuriales se contentent de motifs végétaux conventionnels, l'artisan anonyme qui œuvra ici a développé un véritable bestiaire allégorique : un Amour ou putto brandissant une masse et terrassant un dragon, un château fort dont la cour intérieure abrite mystérieusement un arbre solitaire, un buste d'homme à la barbe fleurie digne des grotesques de la Renaissance italienne. Chaque caisson est une petite énigme iconographique. La galerie à trois arcades qui court sur la façade de cour constitue l'élément architectonique le plus immédiatement séduisant. Reposant sur des colonnes à chapiteaux caractéristiques du style périgourdin du XVIe siècle, elle crée un espace de transition entre le monde extérieur et l'intimité de l'hôtel particulier — une loggia à la française, baignée d'une lumière douce qui révèle toute la subtilité du calcaire local. Visiter cet hôtel, c'est aussi s'immerger dans la Périgueux de la Renaissance, une ville prospère et lettrée qui regardait alors vers l'Italie avec autant d'admiration que vers ses traditions propres. La façade sur cour dialogue silencieusement avec les autres demeures du quartier, formant un ensemble cohérent que les amateurs d'architecture civile de la période considèrent comme l'un des plus intéressants du Périgord. Protégé depuis 1938 et classé Monument Historique en 1980, l'édifice bénéficie d'une reconnaissance officielle qui garantit sa préservation. Il s'adresse aussi bien aux historiens de l'art qu'aux visiteurs simplement attirés par la beauté de la pierre et la délicatesse d'un décor sculpté qui résiste, après cinq siècles, à l'usure du temps.
Architecture
L'Hôtel de la Monnaie est un bel exemple d'architecture civile périgourdine du XVIe siècle, qui témoigne d'une synthèse originale entre les traditions constructives locales et les apports de la Renaissance française, elle-même pénétrée d'influences italiennes. La disposition autour d'une cour intérieure — type de l'hôtel particulier urbain — est caractéristique des grandes demeures de la période, qui cherchent à concilier représentation sociale et intimité domestique. L'élément le plus remarquable est sans conteste la galerie à trois arcades qui s'ouvre sur la cour intérieure. Ces arcades, portées par des colonnes dont les chapiteaux sculptés sont qualifiés par la base Mérimée de « typiques du Périgord et de l'époque », articulent un espace de déambulation couvert — une loggia — qui protège du soleil et de la pluie tout en offrant une vue sur la cour. Le calcaire beige doré du Périgord, matériau de construction dominant dans toute la région, confère à l'ensemble une chaleur lumineuse particulièrement sensible aux heures dorées de l'après-midi. La véritable singularité architecturale réside dans les plafonds à voûtes plates et à caissons sculptés qui garnissent cette galerie. La technique de la voûte plate, héritée des maîtres appareilleurs du Sud-Ouest, est ici enrichie d'un programme iconographique d'une remarquable fantaisie : putti combattants, château fort à l'arbre solitaire, buste masculin à la barbe fleurie. Ces motifs mêlent l'héritage médiéval des bestiaires à l'esprit de la grotesque renaissante, créant un décor d'une personnalité affirmée qui tranche avec la discrétion de la façade extérieure.


