Hôtel de Joursenvault ou de Carondelet
Joyau de l'architecture baroque aixoise, l'hôtel de Joursenvault conjugue la rigueur du Grand Siècle et l'élégance du XVIIIe siècle dans un écrin de pierre blonde caractéristique de la Provence.
History
Au cœur du quartier Mazarin, l'hôtel de Joursenvault — également connu sous le nom d'hôtel de Carondelet — s'impose comme l'un des exemples les plus accomplis de l'architecture civile aixoise des XVIIe et XVIIIe siècles. Dressé dans la pierre calcaire blonde qui fait la signature de la ville, cet hôtel particulier témoigne de l'ambition aristocratique qui animait la noblesse de robe provençale au temps de son apogée. Ce qui distingue l'édifice parmi les quelque cent cinquante hôtels particuliers que compte Aix-en-Provence, c'est la subtile superposition de deux périodes de goût : la sobriété ordonnée du règne de Louis XIV, héritée de l'influence romaine, côtoie les ornements plus souples et le raffinement décoratif introduits au siècle suivant. La façade déploie une élévation maîtrisée, rythmée par des travées régulières et couronnée d'une corniche généreuse, tandis que la cour intérieure réserve au visiteur une composition d'une grande distinction. Pénétrer dans l'hôtel de Joursenvault, c'est franchir le seuil d'un monde préservé où la pierre parle encore la langue des maîtres maçons provençaux. L'escalier d'honneur, les culs-de-four moulurés et les ferronneries travaillées composent une expérience esthétique cohérente, témoignage d'une maîtrise artisanale aujourd'hui disparue. L'édifice bénéficie d'une double protection au titre des Monuments Historiques — inscription en 1987, classement en 1990 — qui garantit la pérennité de ce patrimoine exceptionnel. Il s'inscrit dans le tissu urbain du cœur historique d'Aix, à proximité du cours Mirabeau et des fontaines qui font la légende de la ville, offrant aux visiteurs une promenade dans le temps autant que dans l'espace.
Architecture
L'hôtel de Joursenvault répond aux canons de l'architecture civile provençale du Grand Siècle, tels qu'ils se sont fixés à Aix sous l'influence conjuguée des modèles romains et de la tradition locale. La façade principale, élevée en calcaire de Bibémus — cette pierre blonde aux reflets dorés qui donne sa couleur à la ville — s'organise en trois niveaux d'élévation rythmés par des travées régulières. Les baies du premier étage, dit «étage noble», bénéficient d'un traitement soigné : chambranles moulurés, allèges sculptées et appuis en fer forgé forgé témoignent du soin apporté à la représentation extérieure. La cour intérieure, accessible par un porche monumental, constitue le cœur architectonique du dispositif. Elle organise la hiérarchie des espaces autour d'un puits ou d'un bassin discret, encadrée par des galeries à arcades en anse-de-panier caractéristiques du style aixois. L'escalier d'honneur, à rampe en ferronnerie ouvragée, déploie une volée majestueuse éclairée par une verrière ou une lanterne zénithale, dispositif fréquent dans les hôtels particuliers de la région. Les remaniements du XVIIIe siècle ont enrichi les intérieurs d'éléments décoratifs propres au style Louis XV et Louis XVI : lambris de hauteur, plafonds à caissons stuqués, encadrements de cheminées en marbre de Sainte-Baume. Ces adjonctions, loin de nuire à la cohérence de l'ensemble, créent un dialogue entre la rigueur du XVIIe siècle et la grâce du XVIIIe, conférant à l'édifice une densité temporelle rare.


