Hôtel de Jean Galland, ou Babou de la Bourdaisière
Joyau de la Renaissance tourangelle vers 1520, l'hôtel Babou de la Bourdaisière déploie ses façades ornées de pilastres, médaillons antiques et lucarnes à coquilles dans le cœur historique de Tours.
History
Au cœur de Tours, l'hôtel Babou de la Bourdaisière s'impose comme l'un des témoignages les plus éloquents de l'architecture civile Renaissance en Touraine. Érigé vers 1520 pour Philibert Babou, surintendant des finances sous François Ier, cet hôtel particulier révèle avec finesse la manière dont la noblesse de robe et les grands serviteurs de l'État s'approprièrent alors le vocabulaire architectural venu d'Italie pour l'adapter au goût français. La composition de l'édifice suit un plan caractéristique de l'hôtel urbain Renaissance : un corps de logis perpendiculaire à la rue, encadré de deux ailes qui dessinent une cour d'honneur accessible par une imposante porte cochère. Ce dispositif, à la fois fonctionnel et représentatif, permettait d'afficher une façade discrète sur la rue tout en réservant l'apparat à l'intérieur, selon une tradition qui triomphera dans l'architecture classique française. Ce qui frappe d'emblée le visiteur, c'est la qualité et la cohérence ornementale des façades sur cour. Oves, denticules, pilastres cannelés, frontons en demi-cercle garnis de coquilles en bas-relief : chaque détail témoigne d'une maîtrise des nouvelles formes issues de la Renaissance italienne, savamment tempérée par la sensibilité tourangelle. La loggia voûtée d'ogives de l'aile du fond constitue, à elle seule, un morceau d'anthologie, fondant la tradition gothique tardive et le goût nouveau pour l'espace ouvert à l'italienne. L'intérieur ne déçoit pas les amateurs de décors anciens : plusieurs pièces du rez-de-chaussée conservent des boiseries du XVIIe et du XVIIIe siècle, qui témoignent de la longue vie habitée de cet hôtel et de l'adaptation continue du bâtiment aux modes successives. La façade du fond, remaniée au début du XVIIe siècle, offre quant à elle un contrepoint classicisant à la sobriété ornementée de la construction d'origine. Classé Monument Historique depuis 1932, l'hôtel Babou de la Bourdaisière s'adresse aussi bien aux passionnés d'histoire de l'art qu'aux promeneurs curieux qui sillonnent le vieux Tours. Sa relative discrétion sur la voie publique rend sa découverte d'autant plus gratifiante : il faut franchir la porte cochère pour que l'édifice se révèle pleinement.
Architecture
L'hôtel Babou de la Bourdaisière adopte le plan canonique de l'hôtel particulier urbain de la première Renaissance française : un corps de logis principal implanté perpendiculairement à la rue, flanqué de deux ailes latérales qui délimitent une cour d'honneur. Celle-ci s'ouvre sur la rue par une porte cochère, tandis qu'une cour secondaire s'étend en arrière, créant une succession d'espaces caractéristique des grandes demeures de l'époque. L'aile du fond abritait autrefois une loggia d'une seule travée, voûtée d'ogives, ouverte sur les deux cours — dispositif hybride mêlant la tradition gothique tardive à l'idéal de l'espace ouvert inspiré de l'Italie. La décoration des façades constitue un catalogue exemplaire du vocabulaire de la première Renaissance tourangelle. Les encadrements de fenêtres sont rythmés par des pilastres aux chapiteaux feuillagés, surmontés de moulures composées d'oves et de denticules soutenant un léger encorbellement. Les lucarnes à frontons demi-circulaires, ornées de coquilles sculptées en bas-relief, rappellent celles des grandes résidences royales de la Loire. Dans les tympans des arcades de la loggia, des médaillons à l'antique — portraits en profil évoquant les modèles romains — achèvent de donner à l'ensemble son caractère résolument humaniste. La façade du fond, refaite au début du XVIIe siècle, adopte un registre plus sobre et rectiligne, annonçant la transition vers le classicisme. À l'intérieur, plusieurs salles du rez-de-chaussée conservent des boiseries des XVIIe et XVIIIe siècles : lambris à panneaux moulurés, corniches sculptées, encadrements de cheminées témoignant des modes décoratives successives. Ces intérieurs offrent un voyage dans le temps à travers trois siècles de goût français, de la Renaissance à l'Ancien Régime finissant.


