Hôtel Boyer de Fonscolombe dit aussi de Saporta ou de Vitrolles
Au cœur du Vieil Aix, cet hôtel particulier du XVIIe siècle, remanié au XVIIIe, déploie la grâce aristocratique provençale dans un jeu subtil de pierre blonde et de façades ordonnancées.
History
L'hôtel Boyer de Fonscolombe, connu également sous les noms de Saporta et de Vitrolles, s'impose comme l'un des fleurons de l'architecture civile aixoise. Érigé dans le quartier historique d'Aix-en-Provence, il incarne avec une élégance tranquille l'art de vivre nobiliaire en Provence, à mi-chemin entre la rigueur classique française et la chaleur solaire du Midi. Sa façade, composée selon les canons de l'ordonnancement classique, révèle au promeneur attentif les marques d'une double ambition : celle du XVIIe siècle fondateur, et celle du XVIIIe siècle réformateur. Ce qui distingue cet hôtel particulier de ses voisins illustres du cours Mirabeau ou de la rue Espariat, c'est précisément cette superposition de campagnes architecturales lisibles dans la pierre. Les corps de bâtiment, organisés autour d'une cour intérieure caractéristique du type aixois, témoignent d'une conception de l'espace domestique aristocratique où la représentation sociale se conjugue à l'art de recevoir. Les proportions mesurées des fenêtres à meneaux, les garde-corps en ferronnerie ouvragée et les modénatures sobrement sculptées contribuent à cette identité singulière. Pour le visiteur, l'expérience tient autant à l'atmosphère du quartier qu'à l'édifice lui-même. Flâner dans les ruelles pavées qui l'entourent, lever les yeux vers ses entablements et ses consoles sculptées, c'est replonger dans l'Aix des parlementaires et des grandes familles de robe qui firent rayonner la ville au siècle des Lumières. Le silence relatif de cette partie du Vieil Aix contraste avec l'animation du cours Mirabeau tout proche, offrant une atmosphère propice à la contemplation. Le cadre architectural d'Aix-en-Provence donne à cet hôtel particulier une résonance supplémentaire : la ville compte parmi les concentrations les plus remarquables d'hôtels particuliers du XVIIe et du XVIIIe siècle en France, et l'hôtel Boyer de Fonscolombe y tient une place de premier rang, consacrée par son classement au titre des Monuments Historiques en 1989.
Architecture
L'hôtel Boyer de Fonscolombe s'inscrit dans la grande tradition de l'hôtel particulier provençal du classicisme français, dont Aix-en-Provence constitue l'un des laboratoires les plus aboutis en dehors de Paris. La composition générale, articulée autour d'une cour intérieure fermée sur rue par un portail monumental, répond à un schéma typologique bien établi : le visiteur pénètre depuis la rue dans une cour d'honneur pavée, que domine le corps de logis principal, dont la façade est traitée avec une attention particulière à la symétrie et à l'ordonnancement des travées. La façade principale présente les caractéristiques stylistiques propres aux deux campagnes de construction qui se succédèrent. Les éléments du XVIIe siècle se reconnaissent à la solidité de leur composition, à la sobriété des encadrements de baies et à la rigueur des corniches. Les interventions du troisième quart du XVIIIe siècle se lisent dans les ornements plus souples, les consoles sculptées aux motifs végétaux, les garde-corps en ferronnerie aux volutes travaillées et les décors intérieurs caractéristiques du style Régence tardif ou Louis XV provençal. À l'intérieur, l'escalier d'honneur constitue vraisemblablement la pièce maîtresse architecturale, selon la tradition aixoise qui fit de cet élément le théâtre de la représentation sociale. Les appartements de réception, distribués en enfilade, conservent sans doute des boiseries peintes, des plafonds à voussures stuquées et des sols en tommettes ou en marbre de Provence, matériaux emblématiques du grand intérieur aristocratique régional. La pierre blonde locale, dominante dans la construction, dialogue avec les ferronneries sombres pour composer une palette chromatique sobre et raffinée.


