Hospice de Malrigou
Maison forte du XVe siècle nichée en Périgord, métamorphosée par le céramiste Pol Chambost en sanctuaire d'art et de jardins. Quatre tours carrées, une orangerie-atelier et des cours fleuries ouvertes au public.
History
Au cœur du Périgord Blanc, à Saint-Jean-d'Estissac, l'Hospice de Malrigou s'impose comme l'une de ces demeures secrètes où l'histoire médiévale et la création contemporaine ont choisi de cohabiter avec une grâce inattendue. Loin des circuits touristiques battus, ce manoir du XVe siècle déploie une silhouette austère et élégante, rythmée par quatre tours carrées qui en révèlent immédiatement la vocation défensive d'origine. Son nom même, Malrigou, sonne comme un écho de l'ancienne langue d'oc, évoquant un territoire à la fois isolé et précieux. Ce qui distingue véritablement Malrigou de ses homologues périgourdins, c'est la superposition lisible de ses strates historiques. On y perçoit encore l'âme de la maison forte originelle dans la rigueur de son plan en retour d'équerre, mais les aménagements intérieurs des années 1950, réalisés par des décorateurs parisiens au goût affûté, insufflent à l'ensemble une atmosphère résolument singulière, à mi-chemin entre l'inventaire d'antiquaire et l'appartement de couturier. L'expérience de visite est à la fois intime et stimulante. Franchir le portail qui sépare la tour sud du logis ouest, c'est entrer dans un espace temps composite où les pierres dorées du Périgord dialoguent avec des céramiques aux formes organiques issues de l'atelier de Pol Chambost, installé dans l'orangerie dès 1965. L'artiste y a travaillé jusqu'à la fin de sa vie, laissant une empreinte créative palpable dans chaque recoin de la propriété. Les cours et les jardins, soigneusement réaménagés, constituent l'autre visage de Malrigou. Depuis 2003, ils s'ouvrent au public lors des « Rendez-vous aux Jardins » et des Journées du patrimoine, mais accueillent aussi des expositions d'art contemporain qui prolongent naturellement l'héritage de Chambost. Photographes, amateurs de jardins et passionnés d'architecture y trouvent chacun matière à émerveillement, dans un cadre où la végétation enveloppe la pierre avec la complicité du temps.
Architecture
L'Hospice de Malrigou adopte un plan caractéristique des maisons fortes périgourdines du XVe siècle : deux corps de logis rectangulaires disposés en retour d'équerre, formant un angle ouvert sur une cour intérieure. Cette configuration, à la fois défensive et fonctionnelle, est renforcée par quatre tours carrées qui structurent l'ensemble avec une rigueur toute médiévale. Deux tours encadrent le logis nord, créant une façade symétrique et austère ; une troisième tour, placée à l'angle de jonction des deux corps de bâtiment, assure la cohésion de l'ensemble et permettait la surveillance des abords. La quatrième tour, isolée au sud et séparée du logis ouest par un portail, marque l'entrée principale du domaine avec une solennité discrète. Les matériaux de construction sont ceux de la tradition constructive périgordine : la pierre calcaire blonde extraite des carrières locales, taillée en moellons réguliers pour les murs porteurs, avec des chaînes d'angle soignées aux tours. Les couvertures, vraisemblablement en tuiles plates ou en lauzes selon la tradition régionale, contribuent à l'intégration harmonieuse de l'édifice dans le paysage du Périgord Blanc. Les ouvertures, sobres et étroites à l'origine, ont pu être modifiées lors des campagnes de travaux ultérieures pour apporter davantage de lumière aux logis. Les aménagements réalisés dans le troisième quart du XXe siècle — notamment l'adaptation de l'orangerie en atelier de céramique et les interventions décoratives des années 1950 — constituent une couche architecturale supplémentaire, lisible sans dénaturer l'ensemble. L'orangerie, volume allongé aux grandes ouvertures vitrées typique du XVIIIe ou XIXe siècle, s'articule naturellement avec les corps médiévaux, offrant ce contraste d'époques qui fait tout le charme de Malrigou.


