Gisement préhistorique du Régourdou
Au cœur du Périgord Noir, le Régourdou livre les secrets d'un Néandertalien vieux de 70 000 ans, découvert dans un contexte de sépulture intentionnelle qui bouleversa la paléoanthropologie mondiale.
History
À quelques centaines de mètres de la célèbre grotte de Lascaux, le gisement préhistorique du Régourdou constitue l'un des sites paléolithiques les plus exceptionnels de France, sinon d'Europe. Découvert fortuitement en 1954 par Roger Constant lors de travaux de terrassement, ce site recèle une densité remarquable de vestiges osseux, d'outils moustériens et, surtout, les restes d'un individu néandertalien dont la mise en terre semble avoir obéi à un rituel funéraire élaboré — une révélation qui remodela profondément notre compréhension de l'humanité archaïque. Ce qui rend le Régourdou absolument unique parmi les sites du Paléolithique moyen, c'est la coexistence, dans un espace restreint, d'ossements humains et d'une quantité prodigieuse de restes d'ours des cavernes (Ursus spelaeus). La présence d'un caisson de pierre renfermant des os d'ours à proximité immédiate de la sépulture humaine a conduit de nombreux chercheurs à envisager un culte de l'ours, pratique symbolique d'une sophistication insoupçonnée pour une espèce longtemps jugée dépourvue de pensée abstraite. L'expérience de visite au Régourdou est à la fois intimiste et saisissante. Le site, encore partiellement ouvert à la fouille, permet au visiteur d'observer in situ les couches sédimentaires qui ont préservé ces témoignages sur des dizaines de millénaires. Des spécimens vivants d'ours brun sont présentés sur place, créant un lien vivant et troublant avec les animaux qui partagèrent ce territoire avec nos lointains ancêtres. Le cadre naturel amplifie l'émotion du lieu : perché sur les hauteurs boisées de la vallée de la Vézère, le Régourdou s'inscrit dans un paysage de calcaire et de chênes typique du Périgord Noir, classé au Patrimoine mondial de l'UNESCO au titre de la « Vallée de la Vézère — sites préhistoriques et grottes ornées ». Venir ici, c'est fréquenter le berceau de l'humanité pensante, là où la frontière entre l'animal et l'humain se fait la plus ténue et la plus bouleversante.
Architecture
Le Régourdou n'est pas un monument construit au sens traditionnel du terme, mais un gisement archéologique en plein air et en grotte, dont la « architecture » est celle de la nature et du temps. Le site se développe sur un affleurement calcaire caractéristique du Périgord Noir, à environ 200 mètres d'altitude, sur un versant exposé au sud-est. La roche calcaire du Crétacé, poreuse et propice à la formation de cavités, a naturellement abrité les dépôts sédimentaires qui ont préservé les vestiges sur plusieurs dizaines de millénaires. La stratigraphie du gisement révèle une succession de couches alluviales, de limons argileux et de cailloutis issus du gélifract — processus de fragmentation de la roche par le gel —, typique des séquences würmiennes du Périgord. C'est au sein de ces couches, à une profondeur d'environ 1,5 à 2 mètres, que se trouvait la sépulture néandertalienne, protégée par une structure de dalles calcaires locales disposées volontairement. Le caisson osséeux associé, lui aussi appareillé de blocs bruts, constitue l'unique exemple connu de « mobilier funéraire » ursidé au Paléolithique moyen. L'aménagement muséographique actuel, modeste et respectueux du site, comprend des abris légers couvrant les zones de fouille, permettant la lecture directe des coupes stratigraphiques, ainsi qu'un parcours pédagogique et les enclos des ours bruns qui prolongent la médiation in situ.


