Forges d'Ans
Témoin exceptionnel de la métallurgie périgourdine, les Forges d'Ans ont fondu canons et boulets pour les guerres napoléoniennes, forgeant deux siècles d'histoire industrielle au cœur du Périgord vert.
History
Nichées dans le val de l'Auvézère, en Périgord vert, les Forges d'Ans constituent l'un des ensembles proto-industriels les mieux préservés du sud-ouest de la France. Fondées à la fin du XVIIe siècle, elles illustrent avec une rare authenticité ce moment charnière où l'artisanat métallurgique français atteignait sa pleine maturité avant d'être emporté par la révolution industrielle. Inscrites aux Monuments Historiques en 2018, elles représentent un témoignage matériel irremplaçable sur deux siècles de savoir-faire forgeron. Ce qui distingue fondamentalement les Forges d'Ans de la masse des vestiges industriels, c'est leur ancrage dans une histoire nationale concrète : ici, on ne coulait pas simplement du métal, on armait la France. Situées sur la grande «route des canons» qui reliait les forges périgourdines aux arsenaux de La Rochelle, les forges d'Ans ont alimenté en pièces d'artillerie les armées de la Révolution et de l'Empire. Chaque gueule de canon, chaque boulet sorti de ces fourneaux participait directement aux batailles qui redessinèrent la carte de l'Europe. Visiter les Forges d'Ans, c'est plonger dans l'atmosphère singulière des anciennes usines à eau périgordines. Les bâtiments en pierre calcaire locale, le bief qui détournait le courant de l'Auvézère pour actionner les soufflets et les marteaux-pilons, les cuves maçonnées des hauts fourneaux — tout concourt à restituer le grondement et la chaleur d'un site en pleine activité. Le visiteur perçoit comment la topographie de la vallée, la disponibilité du minerai de fer et l'omniprésence des forêts fournissant le charbon de bois s'articulaient en un système industriel cohérent et ingénieux. Le cadre naturel renforce encore l'intérêt de la visite. L'Auvézère, rivière sauvage aux eaux vives, entoure le site d'une végétation luxuriante typique du Périgord vert. À l'écart des grands axes touristiques, les Forges d'Ans offrent une immersion authentique, loin des foules, dans un paysage resté presque intact depuis le XIXe siècle — celui-là même qu'arpentaient les ouvriers fondeurs et les maîtres de forge de l'époque napoléonienne.
Architecture
Les Forges d'Ans s'inscrivent dans la tradition des forges à la catalane et des hauts fourneaux au bois caractéristiques de la métallurgie périgourdine des XVIIe et XVIIIe siècles. L'ensemble bâti, élevé en moellons de calcaire et de grès local liés à la chaux, se déploie le long de l'Auvézère selon une logique fonctionnelle dictée par la nécessité d'exploiter la force hydraulique. Le bief de dérivation, dont le tracé est encore lisible dans le paysage, captait l'énergie de la rivière pour actionner la roue hydraulique qui commandait soufflets et marteaux-pilons — pièces maîtresses du dispositif de fusion et de travail du métal. Le cœur du site est constitué du haut fourneau, structure maçonnée en forme de tour trapézoïdale dont la gueule permettait l'enfournement du minerai, du charbon de bois et des fondants calcaires. À proximité, la halle de coulée abritait les opérations de moulage des pièces d'artillerie dans des formes de sable. Les bâtiments annexes — logement du maître de forge, ateliers de finition, magasins — complètent un ensemble dont l'organisation spatiale reflète la hiérarchie sociale et technique propre aux établissements proto-industriels de l'Ancien Régime. Les toitures, à forte pente couverte de tuiles plates selon l'usage périgourdin, contribuent à l'insertion harmonieuse du site dans son environnement bocager.


