Forge Neuve
Vestige majeur de l'industrie métallurgique d'Ancien Régime, la Forge Neuve de Javerlhac a coulé les canons de la Marine royale française au XVIIIe siècle, faisant rugir ses hauts fourneaux sur les eaux du Bandiat.
History
Au creux du Périgord Vert, là où la rivière Bandiat creuse ses méandres parmi les prairies et les bois de chênes, la Forge Neuve de Javerlhac-et-la-Chapelle-Saint-Robert s'impose comme l'un des témoignages les plus saisissants de l'industrie métallurgique française d'Ancien Régime. Inscrite aux Monuments Historiques en 2021, cette ancienne grosse forge hydraulique raconte avec une intensité rare l'âge d'or de la métallurgie périgourdine, étroitement liée aux ambitions militaires et navales du royaume de France. Ce qui rend la Forge Neuve véritablement unique, c'est la cohérence et l'ampleur de ses installations industrielles préservées. Ses deux hauts fourneaux jumelés, construits en 1751, constituent une rarissime survivance en France de l'architecture de la grande métallurgie hydraulique du XVIIIe siècle. Ces structures monumentales, alimentées par la force des eaux du Bandiat savamment maîtrisées, évoquent avec force la puissance industrielle d'une époque où le fer périgourdin s'exportait jusqu'aux arsenaux royaux. L'expérience de visite tient autant à la dimension patrimoniale qu'à l'atmosphère du lieu : les bâtiments de la forge, avec leurs murs de pierre grise, leurs charpentes massives et les traces lisibles de chaque étape de la production — du haut fourneau aux marteaux hydrauliques en passant par le bocard —, invitent à une immersion totale dans le quotidien des ouvriers du métal. On perçoit encore, dans la disposition des volumes et le génie hydraulique du site, la logique implacable d'une chaîne de production pensée pour alimenter en canons la flotte du roi. Le cadre naturel amplifie l'émotion : le Bandiat coule toujours à proximité des bâtiments, les boisements environnants composent un écrin de verdure typique du Périgord Vert, et le silence, ponctué du bruissement de l'eau, contraste avec le vacarme assourdissant qu'ont dû connaître ces lieux à l'apogée de leur activité. La Forge Neuve est un lieu pour les curieux d'histoire industrielle, les amateurs de patrimoine rural authentique et tous ceux qui cherchent à sortir des sentiers battus de la région.
Architecture
La Forge Neuve présente le type caractéristique des grosses forges hydrauliques françaises du XVIIIe siècle, dont la logique architecturale est entièrement déterminée par les impératifs de la production métallurgique. Le bâti, édifié en pierre calcaire et gréseux extraits localement, se compose de plusieurs corps reliés selon un plan allongé et fonctionnel, permettant la circulation des matières premières du gueulard des hauts fourneaux jusqu'aux marteaux et feux d'affinerie. Les deux hauts fourneaux jumelés, construits en 1751, constituent la pièce maîtresse de l'ensemble. Ces tours maçonnées, dont l'architecture épaisse et trapue témoigne des contraintes thermiques et mécaniques auxquelles elles étaient soumises, sont coiffées de charpentes protectrices et percées de leurs gueulards caractéristiques. La gestion de l'eau, force motrice absolue du site, se lisait dans l'organisation de vannes, bief et roues hydrauliques qui transmettaient l'énergie du Bandiat aux soufflets des fourneaux comme aux marteaux pilons. Le bocard, destiné à broyer le minerai en amont de la fusion, complétait ce dispositif industriel cohérent. L'ensemble révèle une maîtrise aboutie du génie hydraulique périgourdin, comparable aux plus belles forges à la catalane ou bourguignonnes conservées sur le territoire national.


