
Fontaine Saint-Nicolas
Vestige discret et envoûtant de l'abbaye Saint-Laumer de Blois, cette fontaine du XVIIe siècle distille l'eau du rocher par deux gueules de bronze, témoignage vivant de l'art hydraulique monastique bénédictin.

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History
Nichée contre le mur de l'ancien hôpital — lui-même héritier de la grande abbaye bénédictine Saint-Laumer — la Fontaine Saint-Nicolas est l'une de ces œuvres que l'on découvre presque par accident, au détour d'une rue pavée de Blois. Pourtant, elle condense en quelques mètres carrés plusieurs siècles d'histoire urbaine, religieuse et technique. Son emplacement adossé à la façade de l'ancien établissement monastique lui confère une atmosphère de recueillement rare, loin de l'agitation touristique du château royal tout proche. Ce qui rend cette fontaine véritablement singulière, c'est l'ingéniosité de son alimentation : les eaux ne proviennent pas d'un réseau artificiel ordinaire, mais d'une source naturelle jaillissant du rocher de tuffeau qui constitue le sous-sol caractéristique du Blésois. Un canal souterrain conduit cette eau depuis une sorte de petit lac caché sous la rue des Degrés Saint-Nicolas, créant un circuit hydraulique à la fois naturel et savamment maîtrisé. On devine là la main expertes des moines bénédictins, passés maîtres dans l'art de capter et distribuer l'eau courante au sein de leurs établissements. Devant la fontaine, trois marches de pierre descendent gracieusement vers le bassin, invitant le promeneur à une pause contemplative. Les deux bouches en bronze — l'une figurant une tête humaine, l'autre une tête de poisson — déversent leur eau avec une régularité presque hypnotique. Ce symbolisme aquatique mêlant humanité et nature reflète une iconographie courante dans l'art religieux et décoratif de l'époque classique, mais elle garde ici une sobriété toute monastique. Visiter la Fontaine Saint-Nicolas, c'est aussi s'immerger dans la topographie secrète de Blois, une ville creusée de caves, de galeries et de sources souterraines. La fontaine devient alors bien plus qu'un simple élément de décor urbain : elle est un seuil entre deux mondes, entre la pierre visible et l'eau invisible, entre l'espace public et la mémoire enfouie d'une abbaye disparue.
Architecture
La Fontaine Saint-Nicolas présente une architecture sobre et élégante, pleinement représentative du classicisme français du XVIIe siècle appliqué aux ouvrages hydrauliques. Adossée au mur de l'ancienne abbaye, elle se compose de trois registres superposés : une base de pierre massive qui assure l'assise et la stabilité de l'ensemble, un tableau uni qui constitue le fond neutre de la composition, et une corniche qui couronne l'édifice avec la rigueur ordonnée propre à l'esthétique classique. La pierre dure employée — vraisemblablement le tuffeau local ou une pierre calcaire aux qualités similaires — garantit à la fois solidité et harmonie chromatique avec le bâti environnant du vieux Blois. L'élément le plus remarquable demeure les deux bouches en bronze finement ouvragées. La première figure une tête humaine — probablement masculine, selon les représentations canoniques des mascarons de fontaines classiques — tandis que la seconde prend la forme d'une tête de poisson, symbole aquatique universel. Ces deux éléments sculptés apportent à la fontaine une dimension iconographique qui dépasse le simple usage fonctionnel, évoquant le dialogue entre l'homme et la nature, thème cher à l'art monumental des XVIIe et XVIIIe siècles. Trois marches de pierre descendent depuis le niveau de la rue jusqu'au bassin récepteur, organisant l'espace de manière hiérarchisée et permettant un accès commode pour puiser l'eau. Le système d'alimentation constitue la véritable prouesse technique de l'ouvrage : un canal souterrain capte les eaux d'une source naturelle logée dans le rocher et les conduit jusqu'à un petit lac artificiel sous la rue des Degrés Saint-Nicolas, avant de les acheminer jusqu'aux bouches de bronze. Ce dispositif hydraulique souterrain témoigne d'un savoir-faire d'ingénierie hydraulique monastique remarquable, parfaitement adapté à la géologie karstique et tuffière du sous-sol blésois.


