Nichée sous une chapelle bretonne, cette fontaine gothique du XVe siècle révèle en sous-sol ses traces de peinture médiévale et son tympan sculpté aux arcatures rampantes — un sanctuaire de pierre caché hors du temps.
À Quintin, ville d'art et d'histoire du centre des Côtes-d'Armor, se dissimule l'un des joyaux les plus discrets du patrimoine breton : la fontaine de Notre-Dame de la Porte. Classée Monument historique depuis 1913, cette fontaine gothique du XVe siècle possède la singularité rare de se trouver aujourd'hui enfouie sous une chapelle, accessible uniquement par un soupirail de cave — comme si le temps avait voulu préserver jalousement ses secrets. Ce qui rend ce monument véritablement unique, c'est précisément cette stratification historique qui lui confère une atmosphère de crypte votive. Lorsque la chapelle fut agrandie au XVIIIe siècle, elle engloba la fontaine dans ses fondations, transformant un espace de dévotion populaire à ciel ouvert en un sanctuaire souterrain. Le visiteur qui s'aventure à travers l'ouverture découvre alors un espace de pierre intimiste, où la lumière filtrée joue sur des fragments de polychromie médiévale — des traces de peinture du XVe siècle qui encadraient autrefois la niche abritant la Vierge. L'expérience de visite tient autant de la découverte archéologique que de la promenade spirituelle. La descente vers la fontaine est une plongée dans plusieurs siècles de piété populaire bretonne. Les fidèles venaient ici chercher les vertus bienfaisantes de l'eau, pratique ancestrale profondément ancrée dans la culture celtique et christianisée au fil des siècles. Malgré les mutilations révolutionnaires — sculptures martelées, gâble amputé —, le monument conserve une dignité saisissante. Le cadre de Quintin amplifie cette émotion patrimoniale. Ville ceinte de remparts, ponctuée de demeures en schiste et granit, elle offre l'une des promenades les plus authentiques de Bretagne intérieure. La fontaine de Notre-Dame de la Porte s'inscrit dans un réseau de lieux de dévotion mariale typique des Côtes-d'Armor, où chaque source, chaque carrefour semble garder la mémoire d'une prière.
La fontaine de Notre-Dame de la Porte s'exprime dans un vocabulaire gothique flamboyant caractéristique de la production bretonne du XVe siècle. La pièce maîtresse est son couronnement, dont le tympan sculpté déploie un programme décoratif soigné : des arcatures rampantes — motif d'ogives en diagonale — s'appuient sur deux clochetons aux extrémités, rythme architectural qui rappelle les décors de baldaquins et de retables de la même époque. Le tympan est enrichi de crochets — ces feuillages stylisés qui garnissent les arêtes des gâbles gothiques — et d'un fleuron sculpté au sommet, aujourd'hui partiellement amputé. La niche centrale, destinée à abriter la statue de la Vierge, constitue le foyer symbolique de l'ensemble. Elle conserve des traces de polychromie datant du XVe siècle, vestige précieux d'une mise en couleur qui devait à l'origine rehausser l'ensemble de la sculpture. Ce type de décor peint, très répandu au Moyen Âge mais rarement conservé, offre ici un témoignage direct des pratiques artistiques de l'époque. Les matériaux employés sont ceux de la tradition locale, granite et kersanton probablement, pierre sombre aux qualités plastiques appréciées des sculpteurs bretons. La singularité architecturale du monument réside dans sa situation actuelle : incorporée dans les fondations de la chapelle agrandie au XVIIIe siècle, la fontaine se trouve en sous-sol, accessible par un soupirail de cave. Cette mise en abyme architecturale — un monument gothique enchâssé dans une construction plus tardive — crée une stratification spatiale inédite, transformant la fontaine en véritable palimpseste de pierre.
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Quintin
Bretagne